En Algérie, la vie cachée des travailleurs subsahariens

Un immigré subsaharien dans un immeuble inachevé à Alger, en 2016.
Assis sur des tabourets de plastique, six Camerounais se regardent en silence dans une pièce qui fait
office de bar-restaurant à Alger. La télévision est branchée sur une chaîne de dessins animés japonais, l’ambiance est morose. Comme chaque semaine, ils se retrouvent pour parler des dépouilles de migrants à rapatrier et de malades à soutenir.
Une femme, vêtue d’une large robe d’intérieur, évoque le cas d’une compatriote : « Elle est hospitalisée depuis une semaine déjà ! Qu’est-ce qu’on fait ? On ne sait même pas si elle a besoin qu’on aille lui acheter des médicaments ! Je devais aller la voir à l’hôpital aujourd’hui, mais les gens m’ont fait peur avec leurs histoires de police. »
Depuis le début de l’année, le quotidien des migrants subsahariens en Algérie s’est considérablement dégradé. Dans la capitale, les arrestations sont de plus en plus fréquentes, si bien qu’ils limitent leurs déplacements. Dans le bar-restaurant clandestin, en cette mi-mars, la clientèle d’ouvriers immigrés a diminué. Ils craignent d’être arrêtés sur la route.
« La nuit, on fait le guet » A une dizaine de kilomètres de là, des milliers de logements sont en construction. Des camions font des allers-retours sur les routes rendues boueuses par la pluie. Des ouvriers subsahariens, bottes en caoutchouc aux pieds et balais à la main, se dirigent vers un bâtiment, suivant les instructions d’un chef de chantier turc. Un peu plus haut, deux préfabriqués servent de dortoir.
« En principe, on travaille comme manœuvres sur le chantier et on dort ici le soir. C’est pratique pour le patron et ça nous permet d’économiser le prix du logement », explique Issa, un Guinéen arrivé en Algérie à l’été 2017. Le jeune homme a l’air épuisé : « Depuis plusieurs mois, les gendarmes viennent la nuit pour arrêter des gens et les refouler. Alors on ne dort plus là, on se cache dans les chantiers. »
Source: lemonde.fr