CAMEROUN:LA « NATURE » DE L’ÉTAT : UNE GROTESQUE DIVERSION: RÉPONSE DE DIEUDONNE ESSOMBA A DJEUKAM TCHAMENI, OWONA NGUINI ET CONSORTS

LA « NATURE » DE L’ETAT : UNE GROTESQUE DIVERSION (RÉPONSE A DJEUKAM
TCHAMENI, OWONA NGUINI ET CONSORTS)
Dans un post qui a été largement commenté, le sieur DJEUKAM TCHAMENI a cru devoir moquer mon approche du fédéralisme suivant laquelle le budget national doit être partagé pour 50% à l’Etat fédéral et pour moitié pour les Etats fédérés, en fonction des clés de répartition précises.
I. MA REPONSE
En réponse, j’ai indiqué que la fédération camerounaise ne pouvait correctement se structurer qu’en tenant de l’architecture de notre système productif et non de manière spéculative.
En effet, qu’est-ce que l’Etat ? C’est d’abord son budget, car c’est le budget qui constitue ses moyens opérationnels. Quand vous dites l’Etat du Cameroun, vous ne dites rien d’autre que les 4.500 Milliards de son budget. Vous ne pouvez donc pas modifier l’organisation de l’Etat sans modifier la manière de gérer ce budget !
Quand Biya se passe aujourd’hui pour un père Noël dispensant les routes, les écoles ou l’électricité, suscitant des prières en son honneur, ce n’est pas parce qu’il a eu une onction de Dieu ! C’est simplement parce qu’il a la main sur cet argent et qu’il en fait ce qu’il veut, en se passant pour un bienfaiteur qu’il n’est pas et n’a jamais été!
Et là-dessus, je lui ai rappelé une chose fondamentale : au Cameroun, les multinationales contribuent pour 85% des recettes fiscales, la fiscalité de porte (douane) et le pétrole fournissant le reste des recettes budgétaires. Les guichets de collecte qui sont regroupés à Yaoundé et Douala collectent 96% des ressources budgétaires. Il n’y a plus grand-chose dans les régions.
Quel fédéralisme peut-on organiser dans ces conditions sans l’adosser sur le budget collecté par l’Etat ? Cela signifie automatiquement que la fédération du Cameroun ne peut pas fonctionner sur la base des collectes des ressources dans chaque région, mais sur la base des dépenses. Les ressources doivent donc être collectées par la Fédération, puis partagées aux Etats fédérés, lesquels peuvent renforcer leur part avec des impôts résiduels sur leur territoire dans les matières non-taxées par la Fédération.
II. SUR LA NATURE DE L’ETAT
M. DJEUKAM KAMENI a également soutenu que ce n’est pas la forme de l’Etat qui était l’urgence mais la nature de l’Etat qui est « néocolonial » et qu’il fallait modifier. Cette thèse a été approuvée par le sieur EYOCK Pierre dans un post qu’ont commenté favorablement le Pr OWONA NGUINI, ainsi que d’autres partisans qu’on peut spécifier en 3 groupes :
1. Les INTELLECTUELS ORGANIQUES qui ont vécu dans ce système postcolonial parasitaire et qui entretiennent l’espérance d’être invités à table ;
2. Les CRYPTOCOMMUNISTES, venant des partis prétendument nationalistes et qui restent figés dans une idéologie totalitaire voulant imposer aux Camerounais la manière de percevoir la Nation, au mépris des échecs éclatants de toutes les expériences marxistes dans leur prétention à changer l’homme ;
2. Les OPPORTUNISTES TRIBALISTES qui soutiennent l’Etat unitaire, parce qu’il offre un cadre où leur tribu peut imposer une hégémonie politique, administratrice ou économique aux autres, tout en se réclamant de l’unité nationale.
Ces trois groupes qui font feu de tout bois ont trouvé dans la diversion de la « nature de l’Etat » un argument pour mettre sous le boisseau le problème fondamental du Cameroun qui est la forme de l’Etat.
Mais où se trouve donc leur logique ? Comment pouvez-vous sortir de la dépendance sans casser les instruments de la dépendance, dont le principal est précisément l’Etat unitaire ? C’est par l’Etat unitaire que les colons tiennent en respect nos pays et infiltrent leurs désirs, car il leur suffit de soumettre le Chef de l’Etat à leur domination pour imposer ses désirs à la Nation sans la moindre soupape de sécurité. Dès lors qu’ils convainquent Biya, tout ce qu’ils veulent passe comme une lettre à la poste !
Et ce n’est pas un hasard si les pays coloniaux détestent la fédération comme un serpent venimeux ! Pour exploiter le pétrole du Cameroun, la France n’a eu de cesse que de pousser Ahidjo à supprimer la fédération camerounaise qui présentait clairement des obstructions pour elles.
Parallèlement, lorsque les colons décident d’assassiner SANKARA, c’est bien parce qu’ils savent qu’il suffit de supprimer le Chef pour qu’une démarche révolutionnaire tombe, ce qui est radicalement impossible dans une fédération.
La gangue de mensonges et d’impostures avec laquelle on tente d’enfermer la nécessaire fédération est extrêmement dangereuse pour le Cameroun. Un pays fonctionne avec des institutions adaptées à sa sociologie, son histoire et son niveau de développement. Et de ce point de vue, la seule formule adaptée au Cameroun est l’Etat fédéral.
Cette construction artificielle de l’Etat unitaire, qui nie la réalité concrète pour se fonder sur des téléologies, des eschatologies et des idéologies ne peut aboutir ni à la paix, ni au développement, ni à l’émancipation. Et c’est une pure escroquerie intellectuelle que d’opposer la soi-disant « nature néocoloniale » de l’Etat à sa forme : les deux sont intrinsèquement liées et vous ne pouvez jamais émanciper un pays africain dans un modèle unitaire qui est le principal instrument d’asservissement.
Et en plus, un instrument très dangereux pour la paix. Aujourd’hui, les tribus se regardent en chiens de faïence, prêtes à se charcuter pour la succession de Biya. Les Nordistes attendent que le pouvoir leur revienne et ne s’agitent pas. Les Bamileke sont littéralement entrés en transe avec la peur de perdre leur tour, et les Betis eux-mêmes se demandent au nom de quoi ils laisseraient filer un pouvoir qu’ils détiennent.
Sans compter les Anglophones qui ont pris des armes, les Bassa qui récitent à longueur de journée une prophétie de UM NYOBE suivant laquelle ils auraient le pouvoir après les « longues robes » et les « mangeurs de Pkem », à quoi il faut évidemment ajouter les Bamoun, les Makia, les Douala, pleins d’espoir de jouer les arbitres.
Et on va laisser cette pourriture persister, avec ce terrible affrontement tribal dont nous voyons els prémices ici dans Facebook et qui peut déraper à tout moment, pour y substituer des constructions fictives sur la soi-disant nature « néocoloniale » de l’Etat ?
Cette nature a empêché des massacres en Côte d’ivoire, en RDC, en Sierra Léone, au Libéria, au Tchad, et dans tous les autres pays où les communautés s’entrégorgent pour le pouvoir ?
Ces gens ont vraiment la tête ?
Ils attendent que les Camerounais se charcutent d’abord pour entrer à Etoudi pour comprendre que l’Etat unitaire est un volcan posé sur nos têtes ?
Ce sont des imposteurs !
Il faut fédéraliser immédiatement le Cameroun !
Dieudonné ESSOMBA

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