Qui sont les trois Américains libérés par la Corée du Nord ?

Les trois Américains libérés mercredi par la Corée du Nord, lors d'une émission télé le 3 mai. 

A l'approche de la rencontre Trump-Kim, Pyongyang a manifesté sa bonne volonté en libérant les derniers prisonniers Américains du pays. Accompagnés de Mike Pompeo, le nouveau secrétaire d'Etat, ils sont en route pour les Etats-Unis où les attend Trump en personne.

La visite du nouveau secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en Corée du Nord a eu un premier résultat concret. Il est reparti du pays en emmenant dans ses valises les trois derniers Américains retenus prisonniers par le régime de Pyongyang. Donald Trump a d’ores et déjà annoncé sur Twitter qu’il les accueillerait cette nuit à leur descente d’avion sur une base militaire du Maryland. Cette libération, pressentie depuis une semaine, est un nouveau signe de bonne volonté envoyé par la Corée du Nord à l’approche de la rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump. Le président américain a affirmé qu’elle aurait «un effet bénéfique» sur ce sommet, dont la date et le lieu doivent être divulgués dans les jours à venir.
Qui sont les trois hommes libérés aujourd’hui ? Kim Dong-chul est le premier à avoir été arrêté, en octobre 2015. Cet homme d’affaires et pasteur évangélique, originaire de Corée du Sud, se rendait régulièrement pour affaires dans la zone économique spéciale de Rason, à la frontière entre Chine, Russie et Corée du Nord. Il a été accusé par les autorités nord-coréennes d’espionnage au bénéfice de la Corée du Sud. Elles l’auraient trouvé en possession d’une clé USB contenant des documents concernant le nucléaire nord-coréen. Il a été condamné en avril 2016 à dix ans de travaux forcés, après s’être soumis à une confession publique, dans laquelle il avouait ses activités de renseignement.
Kim Sang-duk et Kim Hak-song, les deux autres hommes libérés aujourd’hui, présentent un parcours commun. Arrêtés au printemps 2017 au moment où ils allaient quitter le pays, ils avaient tous les deux donné des cours à l’université des sciences et de technologie de Pyongyang. Cette université privée, la seule du pays, créée en 2010 par des évangélistes, offre aux enfants de l’élite des cours à l’occidentale. Kim Sang-duk, professeur de comptabilité, a été arrêté à l’aéroport de Pyongyang en avril 2017 et accusé de «tentative de déstabilisation» du régime, sans plus de précisions. Kim Hak-song, expert en agriculture, était lui venu donner des cours sur la riziculture. Arrêté en mai 2017, à la gare de Pyongyang alors qu’il s’apprêtait à retourner dans la ville chinoise de Dandong, où il résidait, il a été accusé d’avoir commis des «actes hostiles contre le gouvernement». Né en Chine mais d’origine coréenne, Kim Hak-song a acquis la nationalité américaine au cours des années 2000, après des études en Californie. Selon un de ses anciens camarades d’université interrogé par CNN, il est parti en Corée du Nord avec la volonté d’améliorer la situation alimentaire du pays en y développant les techniques agricoles.

Moyen de pression

Pyongyang est coutumier de l’arrestation de citoyens américains se trouvant sur son sol. Ces emprisonnements très médiatisés ont longtemps été un moyen pour le régime nord-coréen de braquer les projecteurs sur lui, et de casser son isolement diplomatique en faisant venir des négociateurs de haut rang. En 2009 et 2010, les deux anciens présidents américains Bill Clinton et Jimmy Carter en personne se sont rendus à Pyongyang pour y négocier la libération de concitoyens emprisonnés après être entrés illégalement dans le pays.
Depuis septembre, les Etats-Unis interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Corée du Nord. Cette mesure drastique, prise en pleine crise des missiles balistique, a été influencée par le sort tragique d’Otto Warmbier. Accusé d’avoir volé une affiche dans son hôtel, cet étudiant américain avait été condamné à quinze ans de travaux forcés. Il avait été libéré en juin 2017, après dix-huit mois de captivité. Dans le coma au moment de son rapatriement, il était décédé quelques jours plus tard. Ses parents ont annoncé le mois dernier poursuivre la Corée du Nord pour meurtre. D’après les informations communiquées par la Maison Blanche, les prisonniers libérés aujourd’hui «semblent en bonne santé et ont été capables de marcher jusqu’à leur avion sans assistance».
S’il n’y a plus aujourd’hui de prisonniers américains en Corée du Nord, six Sud-Coréens y seraient encore détenus : trois pasteurs évangéliques, poursuivis pour leurs activités missionnaires dans ce pays ouvertement athéiste, et trois anciens transfuges qui ont fait défection en Corée du Sud il y a plusieurs années avant de retourner au Nord.
Nelly Didelot
source: liberation.fr