Cameroun: Lettre aux chefs traditionnels bamiléké . "Vous n'êtes plus légitime pour parler en notre nom"

OUEST : Bafoussam, danse traditionnelle des notables Bamilékés..
Lettre aux chefs traditionnels Bamiléké.
"Vous n'êtes plus légitime pour parler en notre nom"
Chers chefs traditionnels, autrefois vous étiez pour le peuple Bamiléké une boussole, de véritables guides. Vous gardiez nos traditions, vous veuillez à ce qu'on les respecte. Notre respect vous ne le quémandiez point. Nous vous l'offrions volontiers et étions heureux de plier le genou devant vous. Vos crachats dans nos mains étaient le signe d'une grande bénédiction et vos pommes sur nos têtes traduisaient de la protection. Le peuple savait très bien compter sur vous tout comme il savait très bien vous nourrir. Et ça n'a jamais changé. Qui oserait passer l'entrée de la chefferie avec un troupeau de chèvres sans y laisser une pour le chef? Vous étiez et (vous l'êtes encore) les chefs les plus nourris et les plus respectés de tous les chefs traditionnels du pays. Un ami bafia me disait un jour "vous accordez trop d'importance à vos chefs. On dirait qu'ils sont des dieux". Et il n'avait pas tort; je crains fort qu'à cause de nous vous vous soyiez mépris sur vos statuts. Vous n'êtes pas des dieux. Vous êtes des hommes que nous avons aveuglément et traditionnellement accepté de supporter comme chefs au prétexte aujourd'hui fallacieux de votre divinité. Je vous écris pour vous dire que nous, peuple bamiléké, en avons assez de votre traîtrise et de votre mendicité. Nous savons combien nous vous nourrissons, combien nous vous respectons, combien nous vous choyons. Il est inadmissible donc qu'en retour de tout cela, vous décidiez de nous vendre, de vous vendre au mépris de nos traditions. Les chefferies traditionnelles ne sont pas un lieu de politique. Vous n'avez rien à faire dans la politique encore moins lorsque vous vous en servez pour trahir un peuple tout entier qui pendant 35ans n'a connu de la part de ce gouvernement que misère, violence, ostracisation. N'avez-vous pas honte de livrer ainsi pour une énième fois tout un peuple et partant, toute une nation au génocide pour des bagatelles sommes d'argent ? Que vous reste-t-il de votre dignité?
Chers chefs traditionnels, suite à votre sortie dans laquelle vous choisissiez l'assassin de vos fils Paul biya comme candidats aux prochaines élections présidentielle, le peuple bamiléké vous déclare illégitime pour parler en son nom. Nous avons décidé qu'il n'était plus possible de vous laisser vous engraisser sur nos misères. Ce que vous recevez de votre peuple est largement suffisant, contentez-vous-en comme le faisaient si bien vos pères et avant eux vos grands-pères. Sachez chers chef que nous sommes prêts à rompre avec le mythe de la lignée royale et d'envisager ainsi votre destitution si vous continuez à politiser vos rôles socioculturels. Aujourd'hui nous vous donnons encore la possibilité de cogiter sur votre choix. Si vous choisissez biya, alors vous êtes contre le peuple et n'êtes plus dignes de le représenter auprès 'des dieux'. Je vous promets alors qu'un vent violent soufflera dans votre direction et que vos totems n'y pourront rien. La voix du peuple c'est la voix de Dieu ; songez-y!
Kand Owalski.