Affaire des « mercenaires » – Me Dupond-Moretti : « Je ne reconnais pas à ces juges le droit de juger Katumbi »

À la veille de la reprise du procès de Moïse Katumbi devant la Cour suprême de justice de la RDC,
dans l'affaire dite du recrutement de présumés mercenaires, Me Éric Dupond-Moretti a dénoncé le 9 octobre une « pitrerie ». Il s'en explique à Jeune Afrique.
C’est un Éric Dupond-Moretti « exaspéré » qui a réagi, le 9 octobre, à la veille de la reprise du procès de son client Moïse Katumbi. Ce dernier est poursuivi devant la Cour suprême de justice de la RDC pour atteinte à la sûreté nationale dans une affaire de recrutement de présumés mercenaires étrangers.

Après la première brève audience de fin juin, le procès devrait reprendre le 10 octobre sans le principal accusé, toujours contraint à l’exil.
Jeune Afrique : Qu’attendez-vous de ce procès ?
Me Éric Dupond-Moretti : Le droit international, à Genève, a déjà tranché la question. À Kinshasa, ils ne cherchent qu’à instrumentaliser la justice et une partie de l’opinion publique. La mascarade continue. D’ailleurs n’y avait-il pas un autre degré de juridiction avant d’arriver à la Cour suprême de justice ? C’est scandaleux ! Que comptent-ils faire cette fois-ci ? Mettre de nouveau un pistolet sur la tempe des juges ? Ce qui se passe n’a rien à voir avec la justice.
Votre client, Moïse Katumbi, a-t-il été, cette fois-ci, régulièrement saisi ?
Il n’y a rien qui soit régulier dans cette affaire. Moïse Katumbi a écrit [le 20 juillet, ndlr] au ministre des Affaires étrangères pour demander son passeport afin de pouvoir rentrer au pays. On ne lui a même pas répondu.
Lettre de Moïse Katumbi à Léonard She Okitundu
J’en ai un peu marre de cette pitrerie, de cette bouffonnerie. Car je ne suis pas Monsieur Loyal dans un cirque, je suis un auxiliaire de la justice. Mais ils doivent savoir qu’on ne joue pas avec la justice, ça porte malheur.
Tout le monde se moque du contradictoire, de la défense de Moïse Katumbi
Moïse Katumbi reste tout de même poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État. Quelle sera sa ligne de défense ?
Voulez-vous que je fasse semblant qu’il s’agit d’un vrai procès ? Je n’en ai pas envie. Parce qu’au fond tout le monde se moque du contradictoire, de la défense de Moïse Katumbi. Le pouvoir ne veut qu’une chose : instrumentaliser la justice pour supprimer définitivement l’expression de certaines prétentions, que ce soit de Moïse Katumbi, à la présidence de la République. Telle est la vérité.
Cela voudrait-il dire que la défense ne va pas prendre part à l’audience ?
On verra. À chaque jour suffit sa peine. En fait, je ne reconnais pas à ces juges le droit de juger Moïse Katumbi. C’est ce que l’on appelle la rupture, parce qu’à un moment, il faut dire les choses.
Ce n’est pas de la justice
En clair, vous ne reconnaissez pas à la Cour suprême de justice de la RDC le droit de juger votre client, Moïse Katumbi ?
Avez-vous entendu cette Cour suprême de justice s’exprimer lorsqu’une juge congolaise est venue se réfugier en France parce qu’on lui avait mis un calibre sur la tête ? Y a-t-il eu des protestations judiciaires ? Si c’est pour aller dans un procès joué d’avance, un procès purement politique, on ne va pas jouer à l’avocat qui fait semblant de protester. Moi, je ne proteste pas. Je dis tout simplement que ce n’est pas de la justice.