À Berlin, front uni de Merkel et Macron face à Trump

Le président américain Donald Trump, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron à Paris le 11 novembre 2018.

Emmanuel Macron célébrera ce dimanche l'amitié franco-allemande. L'occasion de s'organiser entre alliés, face aux Etats-Unis.

Ce dimanche à Berlin, lors de commémorations de la guerre, Angela Merkel et Emmanuel Macron comptent afficher un front uni face à Donald Trump et aux populismes, malgré de persistants désaccords entre eux sur le fond.
Alors qu'il n'a toujours pas réagi à l'action des "gilets jaunes" depuis samedi et a laissé Christophe Castaner s'exprimer, le chef de l'Etat français doit participer à partir de la fin de matinée à des commémorations allemandes du souvenir pour les victimes des guerres et prononcer un discours à 13h30 devant la chambre des députés du pays.
Cette volonté des deux dirigeants d'apparaître unis devrait notamment concerner la proposition controversée de création d'une armée européenne. Un tel projet ne devrait pas se borner à des équipements et des entraînements de troupes en commun "mais implique aussi la volonté politique de défendre avec détermination les intérêts européens lorsqu'un conflit éclate", a estimé la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen.

D'autres pays réservés sur l'armée européenne

"Il ne s'agit pas d'être contre les Etats-Unis mais de prendre notre destin en main pour ne plus compter éternellement sur les autres", lui a fait écho dimanche la ministre française chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, dans une interview au Journal du Dimanche. "Nous voulons devenir des alliés plus forts mais sans forcément faire de nous des clients", a-t-elle ajouté.
Donald Trump s'est montré très critique à l'égard du chef de l'Etat français sur ce sujet, invitant les Européens à d'abord augmenter leurs contributions à l'Otan. L'Alliance atlantique et certains pays européens, comme les Pays-Bas, se sont montrés également très réservés, y voyant un risque important de concurrence avec l'organisation atlantique.

Une première depuis 2000

Le président français et la chancelière allemande avaient déjà multiplié il y a une semaine, lors des cérémonies en France du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, les marques de complicité et de cohésion. Sa venue à Berlin pour le Volkstrauertag (Jour du Souvenir) parachèvera cette séquence. Il s'entretiendra à la fois avec le chef de l'Etat allemand Frank-Walter Steinmeier, dont le rôle est surtout honorifique, puis avec Angela Merkel. Son discours au Bundestag sera une première pour un président français depuis Jacques Chirac en juin 2000.
La France et l'Allemagne se sont déjà entendues vendredi sur les contours d'un budget pour la zone euro, projet phare d'Emmanuel Macron pour soutenir l'investissement. Mais pas sur son montant, qui reste non défini alors que le chef de l'Etat français espérait à l'origine des centaines de milliards d'euros.
L'Allemagne n'en a accepté le principe que du bout des lèvres et en verrouillant strictement son utilisation.

Divergences et frustrations

Une illustration, parmi beaucoup d'autres, des nombreuses divergences et frustrations entre Paris et Berlin depuis plus d'un an. La France ne s'estimant pas suffisamment soutenue dans ses projets de relance du projet européen en crise par une chancelière politiquement en fin de cycle.
Le président du Bundestag Wolfgang Schäuble a reconnu la nécessité d'un "nouvel élan" pour le couple franco-allemand. Et un proche d'Angela Merkel, Armin Laschet, a reconnu dans le Spiegel que son pays était trop "hésitant" sur l'Europe. Il l'a appelé à être "plus enthousiaste" sur le sujet et à avoir une vision "moins comptable". "Le contexte européen nous oblige à être encore plus rapides et à avoir encore plus de résultats", met en garde la présidence française, à six mois des élections européennes.

Conflit sur les Gafa

Paris et Berlin sont aussi en désaccord sur la taxation des géants du numérique, projet phare d'Emmanuel Macron que la France voudrait voir concrétisé au plan européen dès décembre. Angela Merkel craint un retour de bâton américain contre les entreprises allemandes et veut repousser le sujet à 2021.
Des échanges acides ont aussi opposé les deux pays au sujet des ventes d'armes à l'Arabie saoudite fin octobre. Nous les "Français et (les) Allemands, on ne nous attend pas ensemble seulement sur des déclarations, on nous attend sur les capacités à les mettre en oeuvre", résume-t-on à l'Elysée.
Source: lexpress.fr