Ce que Sarkozy pense de Macron

Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy en septembre 2018.

Si l'ex-président jure travailler en bonne intelligence avec le nouvel hôte élyséen, il demeure aussi sceptique sur certains aspects du macronisme.

Il y a des refus d'obstacle qui en disent parfois plus long qu'une avancée déterminée. Quand nous avons interviewé Nicolas Sarkozy, nous l'avons interrogé sur sa définition d'un leader. «  Quelqu'un qui ait la vision de ce que doit être l'avenir  », nous a-t-il répondu. Emmanuel Macron a-t-il une vision ? Question ouverte. Pourtant, l'ancien président a fait mine de botter en touche : «  Je ne suis plus dans le combat politique, je sais combien il est difficile de satisfaire toutes les attentes nées d'une élection. Je m'abstiendrai donc de le critiquer. J'observe d'ailleurs qu'en matière de critiques il semble servi…  » Qui parlait de «  critiquer  » l'actuel chef de l'État ? Personne. Avec ces quelques mots en apparence précautionneux, voilà Emmanuel Macron servi.
Pourtant, les deux hommes s'apprécient. C'est en tout cas ce que s'accordent à répéter leurs entourages qui brandissent pour preuve de cette estime mutuelle leur dîner du 6 juillet à l'Élysée en présence de leurs épouses respectives ou encore leur déjeuner en tête-à-tête le 1er octobre dernier, en pleine séquence remaniement. «  Macron est très clean avec lui, siffle, admiratif, un ami de l'ex-président. Il l'appelle pour lui demander des conseils, il lui envoie des messages et ça, Nicolas aime.  » Du côté de l'Élysée, vous ne trouverez pas un conseiller macroniste pour égratigner cette belle histoire ni dire du mal de ce prédécesseur, finalement plus bienveillant que François Hollande.
Certes, Nicolas Sarkozy se moque : «  La rupture en politique, c'est un peu ce que vous appelez un marronnier non ?  » convaincu, dit-il, qu'«  on est toujours l'archaïque de quelqu'un et le moderne d'un autre  ». Mais il prend soin de ne jamais mentionner Emmanuel Macron et préfère se référer à Chirac «  nommé Premier ministre trop tôt  », à 42 ans. Bien sûr, en «  observateur attentif  » selon son expression, il prévient que «  le pouvoir est dangereux  », qu'«  il peut devenir une drogue  » et qu'«  un peu d'expérience ne nuit pas face aux émanations qu'il peut générer  », mais on le sent soucieux de ne pas froisser celui qui, aujourd'hui, occupe l'Élysée avec plus d'élégance à ses yeux que François Hollande.

«  Tout ça va mal finir  »

Cela fait peu de doute, sous ses saillies espiègles, il dissimule une admiration pour ce jeune président dont la fougue lui rappelle évidemment la sienne. «  Quand je pars rencontrer des dirigeants étrangers, je préviens toujours l'Élysée, confie-t-il. Parfois, on me demande de passer des messages.  » De retour en France, son conseiller sur les questions internationales, Pierre Régent, fait un compte-rendu à Philippe Étienne, le sherpa de Macron. «  Je ne veux pas qu'il y ait de malentendu, qu'il s'imagine que je fais de la diplomatie parallèle  », souffle Sarkozy.

Un petit quelque chose le chagrine néanmoins dans la politique macronienne. Enfin, il ne le formule pas ainsi, non, il se dit «  consterné  » de façon générale par «  cette fascination pour la transparence dévastatrice  ». «  On vous demande où vous habitez et avec qui vous vivez, mais on ne vous demande plus ce que vous voulez faire de votre pays. Cette fausse proximité avec l'électeur, cette dangereuse normalité, cette inquiétante banalité, cette apologie de l'amateurisme me sont étrangères.  » Une politique pénétrée de morale et qui ferait la part belle à la société civile. Le macronisme à l'état pur en somme. Pas la tasse de thé de Sarkozy. Et peut-être la raison pour laquelle il répète si souvent à ceux qui poussent la porte de son bureau que «  tout ça va mal finir  ». 
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