Pour Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, bientôt la liberté ?

Acquittés de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale le 15 janvier, l’ancien chef
d’État ivoirien et son ancien ministre sont toujours prisonniers. Vendredi, ils ont à nouveau rendez-vous avec les juges de la Cour pour tenter d’obtenir la fin de leur détention, suite à l'appel du Procureur.
Peut-être pour la dernière fois, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, vont entrer ce vendredi 1er février dans la salle d’audience de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, aux Pays-Bas. Comme ils l’ont déjà fait à plus de 230 reprises, ils vont prendre place sur le côté droit de cette grande et haute pièce aseptisée, derrière leurs avocats qui vont tenter d’obtenir leur remise en liberté.
Car si le 15 janvier dernier, près de trois ans jour pour après le début de leur procès pour crimes contre l’humanité, l’ancien chef de l’État et son ex-ministre de la Jeunesse, ont été acquittés, ils sont encore loin d’en avoir fini avec la juridiction internationale. Ce soir-là, malgré leur victoire, ils ont regagné l’aile de la prison de Scheveningen réservée aux hautes personnalités, qu’ils occupent respectivement depuis sept et près de cinq ans.

La défense refuse le « principe de précaution » de l’accusation

Ordonnée par les juges de la chambre de première instance de la CPI, la levée d’écrou a aussitôt été suspendue. Alors qu’il a annoncé qu’il avait l’intention de faire appel de l’acquittement de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, le Procureur souhaite en effet maintenir les deux hommes en détention d’ici là.
Devant la Cour, comme dans un document préparatoire à l’audience de vendredi rendu public, il justifie sa décision par les charges « exceptionnellement graves » qui pesaient contre les accusés et les risques de fuites. En cas de nouveaux procès, l’accusation craint que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ne se présentent pas devant les juges.
Des arguments que les avocats de la défense ont vivement contestés par écrit. Pour Maitre Emmanuel Altit, l’avocat principal de l’ancien président ivoirien, son client « ne peut être privé d’aucun de ses droits puisque le procès est terminé et qu’il a été acquitté. » Un « principe de précaution » ne peut pas s’appliquer, argue-t-il.
Cette nouvelle bataille va désormais avoir lieu à l’oral, puis les juges se retireront pour délibérer. Selon nos sources, aucune décision ne devrait être rendue ce vendredi 1er février. Au mieux, le jugement est attendu en début de semaine prochaine.

Maintien en détention, remise en liberté, liberté surveillée… Les différents scénarios

Les juges peuvent alors choisir de maintenir en détention Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé jusqu’à ce que la procédure d’appel soit enclenchée, ce qui prendra plusieurs mois. Ils peuvent également prononcer la remise en liberté totale des deux hommes, ou l’assortir de conditions. Les anciens responsables ivoiriens peuvent être contraints de résider dans un pays proche du siège de la CPI ou de porter un bracelet électronique.
De nouvelles questions vont alors surgir. Où Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pourraient-ils résider ? La Belgique, qui a un temps donner son accord pour accueillir l’ex-président, l’acceptera-t-elle toujours ? Qu’en sera-t-il de Charles Blé Goudé ? Si les anciens responsables ivoiriens le souhaitent, Alassane Ouattara les laissera-t-il rentrer en Côte d’Ivoire ?
Aujourd’hui sans passeport ivoirien, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont sous le coup d’inculpations dans leur pays. En 2018, l’ancien chef de l’État ivoirien a également été condamné à 20 ans de prison pour le casse de la BCEAO par la justice ivoirienne. Autant de lourdes menaces qui continuent à planer sur leur avenir, tant judiciaire que politique.
 Par Jeune Afrique