Alpha, acheté 220 euros en Libye : « La traite de Noirs existe toujours »

Menacé de mort, Alpha Kaba a quitté sa Guinée natale. Il pensait reconstruire sa vie ailleurs. Au lieu de cela, il été capturé par des milices libyennes qui en a fait son esclave. Rencontre.

Alpha Kaba fait son devoir de journaliste. Il informe. Mais cette fois-ci, l’information réside dans son histoire, celle d’un Guinéen menacé de mort qui, en 2013, a dû fuir son pays, traverser cinq pays, avant d’atteindre la Libye. On lui avait dit que la zone serait sûre, qu’il y trouverait du travail, que là-bas, il pourrait se reconstruire.
Au lieu de cela, Alpha a été capturé, puis « vendu pour une bouchée de pain ». Dans « Esclave des milices » aux Editions Fayard, le réfugié de 31 ans écrit :
« De France, cette idée même me semble anachronique. La traite des Noirs n’est qu’une réalité distante, une horreur renvoyée au passé sur laquelle l’Etat et les citoyens jettent un voile pudique. […] Les faits sont pourtant là. »
En novembre 2017, des journalistes de CNN avaient, au moyen d’une caméra cachée, filmé une vente aux enchères d’être humains qui se tenait non loin de Tripoli.
Le monde avait été choqué. Les politiques, à l’instar d’Emmanuel Macron, parlaient de « crimes contre l’humanité ». Des mots, mais rien de plus. « Ni la France ni aucun pays européen ne semble aujourd’hui prêt à agir pour mettre fin aux atrocités qui se déroulent à leurs portes. Après avoir longuement régné en maître sur l’Afrique, ils se contentent de détourner le regard », écrit le Guinéen.
Par Louise Auvitu
L'obs