GBAGBO ACCUEILLI EN BELGIQUE PAR UNE NOUVELLE PLAINTE EN JUSTICE

L'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, pourrait faire face à une autre plainte contre lui en
Belgique. En effet, le jeudi 28 juin 2001, Brahima Touré, rescapé du charnier de Yopougon en octobre 2000, avait porté plainte contre Laurent Gbagbo et l'ex-chef de la junte militaire, Robert Gueï pour crime contre l'humanité. À l'époque, le jeune Touré, 19 ans et réfugié en Belgique, avait été aidé dans son initiative par l'Ong belge "Prévention Génocide". La plainte visait également Lida Kouassi Moïse et feu Boga Doudou, tous deux très proches de Laurent Gbagbo.
La Belgique compétente pour juger...
Les demandes de mise en accusation portent sur des: -crimes contre l'humanité, au titre de la loi de 1999 qui prévoit la compétence universelle des tribunaux belges pour ce genre de crimes. -crimes de tortures et actes de barbarie tels que visés par la Convention des Nations-Unies de décembre 1984, ratifiée par la Belgique en juin 1999 et par la Côte d'Ivoire en septembre 95. -crimes d'arrestations arbitraires, enlèvements, séquestrations et viols.
Avec l'aide de l'ONG belge "Prévention génocide", une personne, Brahima Touré, s'est constituée partie civile au nom de l'ensemble des 150 plaignants, victimes ou proches de victimes de tortures, viols, assassinats commis par les forces de l'ordre ivoiriennes en octobre, novembre, et décembre 2000.
Les enquêtes n'ont pu aboutir sous Gbagbo
Sous Gbagbo, l'enquête n'a pas abouti. Brahima Touré habite actuellement en Belgique où il a obtenu le statut de réfugié politique. Il est le seul rescapé du charnier de Yopougon qui fit 57 morts -essentiellement des étrangers et des membres de l'ethnie Dioula -en octobre 2000.
Les rapports des organisations de défense des droits de l'Homme comme Human Rights Watch, la FIDH, Reporters sans frontières, ont conclu à la responsabilité des forces de l'ordre sous Laurent Gbagbo.
Le rôle de l'Ong plaignante
Préventions génocide, créée en Belgique par des chercheurs en sciences humaines, a effectué une enquête de plusieurs mois en Côte d'Ivoire. L'ONG y a réalisé un film long-métrage Côte d'ivoire, poudrière identitaire. Basé sur de nombreux témoignages, il retrace la dynamique du concept d'ivoirité qui classe la socièté «en trois catégories, les Ivoiriens purs à 100%, les Ivoiriens douteux ou de circonstance et les étrangers». Pour le fondateur de Préventions génocides, Benoît Scheuer, «la Côte d'Ivoire est au bord du gouffre et il existe un risque d'épuration ethnique de très grande ampleur qu'il faut enrayer». Dans ce contexte, le dépot de plaintes et la demande d'ouverture d'un procès à l'encontre des quatre personnalités visées a également un caractére préventif. Il s'agit, explique M. Scheuer, d'envoyer un signal clair aux candidats tortionnaires et génocidaires qu'ils ne pourront pas continuer à agir impunément. Mais aussi d'encourager la réconciliation en Côte d'Ivoire qui ne peut pas se faire sans justice. L'avocat des parties civiles, Maitre Georges-Henri Beauthier, indiquait à l'époque qu'il était indispensable que des enquêteurs belges se rendent rapidement à Abidjan pour y mener des investigations comme cela avait été le cas dans le cadre du procès en Belgique des quatre génocidaires rwandais.
Cette plainte, en latence, pourrait resurgir et mettre Laurent Gbagbo dans une situation inconfortable. À moins que la plainte n'ait été oubliée, ce qui est peu probable.
Rachelle Konan avec Rfi