L'Europe et l'ONU condamnent l'usage «disproportionné» des LBD par la police

Lors de la manifestation du 15 septembre 2016 à Paris. THOMAS SAMSON / AFP
Une résolution européenne «condamne le recours à certains types d'armes à létalité réduite», mais n'appelle pas à l'interdiction des lanceurs de balles de défense. Des experts de l'ONU se sont également inquiétés de leur usage en France.
Le débat autour des violences entre forces de police et «gilets jaunes» s'est invité dans le débat européen. Ce jeudi, les députés européens ont condamné l'usage «disproportionné» de la force par la police dans les manifestations tout en évitant d'appeler à l'interdiction des lanceurs de balles de défense (LBD), mis en cause dans les manifestations des «gilets jaunes».
Dans cette résolution votée par 438 voix pour, 78 contre et 87 abstentions, les députés ont «dénoncé le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques». Si le texte ne cible pas un État membre en particulier, il a donné lieu en préambule à un débat animé dans l'hémicycle strasbourgeois, auquel ont pris part plusieurs eurodéputés français. Demandé par une coalition regroupant l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), les Verts et la GUE (Gauche unitaire européenne), le débat a été dominé lundi soir en partie par la situation en France avec les manifestations des «gilets jaunes», même s'il fait référence à d'autres pays (Roumanie, Espagne, Hongrie, Grèce).

Les eurodéputés français au coeur du débat

L'élu du parti français Les Républicains Renaud Muselier a comparé le président Emmanuel Macron à «Jupiter revenu sur terre», lui reprochant des concessions aux «gilets jaunes», «au détriment des règles budgétaires européennes». De son côté, l'eurodéputé écologiste français Yannick Jadot a dénoncé l'usage des lanceurs de balles de défense. «Il n'y a qu'en France, en Pologne et en Grèce qu'il y a un usage sans limite de ces instruments qui (...), selon les équipes médicales, causent des blessures de guerre», a-t-il déclaré. Le président des Patriotes Florian Philippot, s'est présenté dans l'hémicycle en gilet jaune, la main sur un œil pour symboliser les blessés au cours des manifestations comme Jérôme Rodrigues qui a perdu l'usage de son œil le 26 janvier à Paris alors qu'il filmait en direct une intervention des forces de l'ordre. L'ancien bras droit de Marine Le Pen a dénoncé «un pouvoir aux abois (qui) donne des ordres délirants, irresponsables, insensés contre sa propre population». Même constat pour Younous Omarjee, de La France Insoumise (GUE) qui a déclaré: «Je m'inquiète pour mon pays, je m'inquiète pour les libertés en France et je m'inquiète du basculement autoritaire du président Macron».
À l'issue du vote, son groupe politique a regretté que les eurodéputés n'aient pas appelé à l'interdiction des LBD. La socialiste française Sylvie Guillaume a aussi jugé «inacceptable» que cette interdiction «ne figure pas dans la «résolution du Parlement car la droite européenne s'y est opposée!». La résolution «condamne le recours à certains types d'armes à létalité réduite», dont les «projectiles à impact cinétique» (dont font partie les LBD). Pour les eurodéputés français de Generation.s (groupe S&D), «le président de la République française doit entendre l'alerte du Parlement européen et revoir sa politique de maintien de l'ordre, qui conduit à une surenchère de violence».

Une condamnation internationale

L'ONU s'est également prononcée sur ce sujet dans un communiqué publié ce jeudi et qui cite un groupe d'experts des droits de l'homme des Nations Unies. Ils s'inquiètent du «nombre élevé d'interpellations et de gardes à vue, des fouilles et confiscations de matériel de manifestants, ainsi que des blessures graves causées par un usage disproportionné d'armes dites «non-létales» telles que les grenades et les lanceurs de balles de défense ou «flashballs», ajoutant que «les autorités devraient repenser leurs politiques en matière de maintien de l'ordre pour garantir l'exercice des libertés». Les experts alertent également sur le risque de «sévères restrictions à la liberté de manifester» que pourrait causer la loi anticasseurs. Cette dernière permet aux préfets de prononcer des interdictions de manifester, un point validé par l'Assemblée nationale le 30 janvier dernier.