Référendum : pour Macron, « le modèle suisse est inadapté à la France »



Le président écarte la votation populaire à la Suisse. Mais il n'exclut pas d'en organiser une à l'issue du grand débat, le jour des élections européennes.

La Suisse, et son recours fréquent aux « votations populaires », n'est absolument pas le modèle qu'Emmanuel Macron veut prendre en exemple. Lors de la conversation au coin de feu que nous avons eue avec lui, jeudi, il a écarté fermement cette solution, tout comme il avait déjà fermé la porte au RIC (référendum d'initiative citoyenne), l'une des principales revendications du mouvement des Gilets jaunes.
 
« On n'est pas du tout fait pour ça, dit-il. Je crois aux identités profondes des peuples. La France n'est pas la Suisse et la Suisse ne marche pas aussi bien qu'on le pense. Le modèle suisse est inadapté. La Suisse, c'est 6 millions de personnes. Et d'ailleurs les Suisses, comme disait je ne sais plus qui, ils commencent toujours avec des questions de gauche et ils finissent avec des réponses de droite, ajoute-t-il en forme de boutade. Il y a un système confédéral, avec une présidence tournante, des équilibres politiques très différents, un rapport différent à l'ouverture/fermeture, une acceptation des inégalités, un rapport au monde qui est profondément différent. [...] Nous sommes un peuple violent, depuis des siècles et des siècles. La France n'est pas la Suisse. »

« Je crois au référendum en démocratie »

La Suisse a une très longue tradition du référendum. Depuis 1848, les citoyens helvétiques ont été appelés à se prononcer plus de trois cents fois. La Chancellerie fédérale fixe un calendrier des votations jusqu'à quatre dimanche par an. À chaque fois, les Suisses s'expriment sur différents sujets. Les Suisses ont été capables de renoncer à un smic à 3 000 euros ou à l'abolition de la redevance audiovisuelle. Cette confiance dans le débat référendaire est assez unique en Europe et exige un niveau d'engagement citoyen remarquable. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la Suisse ne peut pas adhérer totalement à l'Union européenne : il lui faudrait, pour satisfaire à l'impératif de la souveraineté populaire, approuver les directives une par une, ce qui pourrait mettre à mal le marché unique.

Pour autant, parmi les outils de la sortie de crise, Emmanuel Macron n'écarte pas le référendum. « Je crois au référendum en démocratie, affirme-t-il. Une partie de la crise que nous vivons là est liée à un conflit de légitimité entre la démocratie directe et la démocratie représentative qui s'est installé entre 2005 et 2007 [allusion au rejet par référendum de la Constitution européenne et au traité de Lisbonne de 2007, NDLR]. Je pense que la séquence 2005-2007 est très profondément ancrée dans le mal français. Le peuple s'est exprimé : il a dit non. Les décideurs sont revenus et, par la voie parlementaire, ont fait le contraire deux ans après sur le même sujet. Ça, je pense que c'est une faute profonde. Ça a donné le sentiment que les élites savaient mieux que le peuple et que, au fond, les décideurs pouvaient s'organiser entre eux pour revenir sur la volonté du peuple. »

Un référendum couplé aux européennes à l'étude

Le chef de l'État, qui dit ne pas « avoir de tabou avec le référendum », estime qu'il faut « mieux répartir les rôles » entre le législateur et la voie de la démocratie directe. « Quand on vote par la voie du référendum, les parlementaires ne doivent pas pouvoir revenir sur ce vote pendant X années sur le même sujet. Et de la même manière, je trouve absurdes ceux qui disent qu'on va faire un référendum sur l'ISF. C'est l'anéantissement de la démocratie représentative. Si vous avez des parlementaires qui votent sur quelque chose et que, l'année d'après, des types prennent l'initiative de le détricoter, vous n'avez plus de Parlement. On ne peut pas avoir des référendums qui viennent détricoter tous les matins ce que le législateur décide. Dans son esprit, la réciproque est tout aussi vraie : pas question de demander son avis au peuple et si la réponse n'est pas celle souhaitée, « on laisse reposer la bête dix-huit mois et puis on fait autre chose au niveau de la loi ».
 
À l'issue du grand débat national, il examinera l'opportunité d'un éventuel référendum qui aurait lieu le 26 mai en même temps que les européennes sans que les choses soient arrêtées. Avec ses conseillers, il pèse le pour et le contre. L'avantage d'un référendum couplé aux européennes serait de rehausser la participation déclinante dans ce type d'élection pourtant cruciale pour l'avenir du continent. L'inconvénient est que la campagne du référendum occulterait les enjeux européens tout aussi importants pour le long terme.

Pas de regrets sur Notre-Dame-des-Landes

Si le référendum est un outil de décision qu'il n'écarte pas, sa pratique a tout de même été un peu différente au sujet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Au cours de la campagne présidentielle, le 3 mars 2017, sur RTL, il avait déclaré qu'il était « pour respecter le vote » puisque François Hollande avait organisé une « consultation publique » de type référendaire. Sur 493 481 votants, 55,17 % des voix se sont prononcées en faveur du projet d'aéroport. Emmanuel Macron comptait respecter ce scrutin et nommer un médiateur à qui il voulait donner six mois. Finalement, il a nommé trois experts qui ont conclu que le projet n'était pas pertinent.
« Là, on est sur un tout autre sujet, répond-il. C'est toute l'ambiguïté de ces référendums d'initiative locale qui sont indicatifs. En l'occurrence, c'est un référendum-défausse. Et puis, il y a eu ce débat sur le périmètre des votants : est-ce que ce sont les bons qui ont voté ? Est-ce que c'était les gens concernés ? Sur Notre-Dame-des-Landes, je n'ai aucun doute sur le fait que, in fine, on a pris la bonne décision. Je ne crois pas du tout que cela a été vu comme une trahison démocratique. »