"En 2022 ou plus tard…" Hollande pense que l’extrême droite finira par prendre le pouvoir

L'ancien président critique vertement Emmanuel Macron : "à vouloir tout bousculer, tout s’est arrêté".

Il n'a pas été convié sur le plateau des Glières, haut lieu de la Résistance Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy se sont réunis ce dimanche. Mais dans une interview accordée au "Parisien", l'ancien chef de l'Etat dresse un état des lieux assez glaçant du pouvoir en place. Et juge, à quelques semaines des élections européennes, que la véritable menace "vient de l’extrême droite".
"Je l’affirme, un jour elle arrivera au pouvoir en France. En 2022 ou plus tard…", poursuit-il.  Le livre "Les leçons du pouvoir" sera publié mardi en édition de poche, avec trois nouveaux chapitres dont un abordant le mouvement des "gilets jaunes". François Hollande dit vouloir en profiter pour "alerter". Alerter notamment au terme des deux premières années de mandat d'Emmanuel Macron : "le résultat n’est bon ni pour la vitalité économique ni pour la cohésion sociale. À vouloir tout bousculer, tout s’est arrêté", tacle-t-il.

Des idées pour la sortie du grand débat

L'ancien président, a récemment exprimé son soutien aux gilets jaunes. Mais il fustige les choix faits en terme de maintien de l'ordre, et notamment le recours aux forces militaires : "Il faut éviter que l’armée soit en contact avec les manifestants. Ce n’est ni son rôle, ni sa place".
Interrogé sur ce qu'il aurait fait s'il avait été confronté à une telle crise durant son mandat (2012-2017), il rappelle la fronde fiscale des bonnets rouges qu'il avait subie en 2013. Il saisit l'occasion d'enfoncer le clou contre Emmanuel Macron, qui fut son conseiller avant de devenir son ministre de l'Economie: "L'écotaxe dont j'avais hérité de mon prédécesseur n'était pas comprise, dans ses modalités comme dans sa gestion par un opérateur privé. J'ai donc pris la décision de la suspendre. Le recul est parfois préférable à l'entêtement. Ça m'a été reproché par certains à cette époque. Je constate que le gouvernement actuel a battu en retraite. Mais trois semaines trop tard."
Pour une sortie digne du grand débat, François Hollande préconise de "réduire les injustices fiscales". Ce qui suppose, selon lui, "de revenir sur les mesures prises depuis deux ans. Notamment par le rétablissement de l'ISF et le renforcement de la fiscalité sur les revenus du capital".
Consterné devant l'émiettement de la gauche à moins de deux mois des élections européennes, François Hollande constate, lapidaire : 
"Il y a une attente, encore faut-il qu’il y ait une offre". S'il affirme ne pas vouloir revenir en politique, il veut néanmoins croire qu'il demeure "un large espace pour la sociale démocratie". "Dès lors que la politique actuelle est de plus en plus libérale et que l’extrême gauche s’est marginalisée, dès lors qu’il y a une attente de justice comme l’a montré la crise des Gilets jaunes, alors une reconquête des électeurs qui ont été pendant des décennies ceux de la gauche de gouvernement est possible. Mais il faut aller les chercher", développe-t-il. 
Par L'Obs