Arrestation de Carlos Ghosn: "On a voulu l'humilier", dénonce son avocat

François Zimeray, avocat de la famille Ghosn, sur le plateau de BFMTV le 7 avril 2019. 
Alors que Carlos Ghosn devrait rester en garde à vue au Japon au moins jusqu'au 14 avril, son
avocat a pris la parole sur notre antenne dimanche soir, pour dénoncer "une nouvelle arrestation pas nécessaire" et une procédure "pas juste".

Arrêté "comme un terroriste"

François Zimeray est d'abord revenu sur la nouvelle interpellation de Carlos Ghosn jeudi matin à son domicile de Tokyo, où il se trouvait en liberté très surveillée:
"Cette nouvelle arrestation n'était pas nécessaire. Carlos Ghosn avait offert toutes les garanties de représentation qu'on avait exigées de lui. Une caution considérable, des accès surveillés, des communications filtrées, des passeports confisqués", énonce-t-il avant de dénoncer les conditions de l'arrestation: 
Il a été arrêté "le matin comme un terroriste, comme s'il avait été lourdement armé, alors qu'il était à la disposition totale de la justice japonaise,cette justice qui l'a déjà interrogé 108 jours (...) Pourquoi débarquer à 5 heures, à 20 et aller jusqu'aux toilettes de son épouse ? Et confisquer des documents confidentiels qui contiennent notamment les correspondances avec les avocats et constitue donc une violation d'un principe fondamental", s'insurge l'avocat de la famille Gohsn.

Justice de l'otage

Une arrestation qui a "une dimension vexatoire, on voulait l'humilier, on avait prévenu la presse tout cela qui fait que le procès n'est pas équitable, que la procédure n'est pas juste", assure-t-il.
Le représentant de l'ancien PDG de Renault-Nissan a rappelé que cette technique de justice est "construite sur une idée de faire craquer les personnes qui sont entre ses mains pour les faire avouer". Une "justice de l'otage centrée autour de l'aveu", déjà dénoncée par un rapport de l'ONU sur la détention arbitrait en 2018.
Le représentant de celui qui est accusé d'importantes malversations financières assure que son client "souhaite répondre [à ces] accusations graves" mais dénonce le fait de ne pas pouvoir accès à la totalité du dossier: "Pour pouvoir y répondre, faut-il encore y avoir accès. À l'heure où nous sommes, il n'a pas accès au dossier en entier, y compris alors que des gens très hauts disent qu'il y a des éléments nouveaux.'
François Zimeray ajoute, enfin:
"Les gens se disent 'on ne va pas le plaindre'. Mais il ne cherche pas à être plaint, il sait qu'il n'aura pas le bénéfice de l'empathie. Mais encore faut-il qu'il ait celui du respect de la loi, le respect de ses droits."

Révocation de son mandat d'administrateur

L'avocat annonce par ailleurs qu'une conférence de presse organisée par des avocats et des militants des droits de l'homme aura lieu mercredi prochain, afin de réclamer la fin du système de l'otage. Durant cette dernière sera présentée une pétition de 1000 signatures de juristes et intellectuels japonais.
Cette prise de parole intervient alors que les actionnaires de Nissan se réunissent lundi pour voter la révocation du mandat d'administrateur de Carlos Ghosn.
Il est actuellement sous le coup de trois inculpations: deux pour déclarations inexactes de revenus durant les années 2010 à 2018, dans des documents remis par Nissan aux autorités financières, et une pour abus de confiance.