Les «gilets jaunes» remontés après la restitution du grand débat national

De Benjamin Cauchy à Ingrid Levavasseur en passant par Maxime Nicolle, la déception des figures
du mouvement est grande. Les propos du premier ministre, lundi, n’ont pas calmé leur colère.
La restitution du grand débat ce lundi matin par le premier ministre, Édouard Philippe, a suscité au mieux l’indifférence des «gilets jaunes», au pire leur exaspération. Sous la verrière du grand Palais, à Paris, devant un parterre composé de maires, de responsables des corps intermédiaires ou d’associations, le locataire de Matignon a cité les quatre «exigences» ressortant de cette grande consultation nationale à laquelle ont participé 1,5 million de Français: baisser la fiscalité, renouer les liens avec les territoires se sentant délaissés, renforcer le lien démocratique avec les citoyens et mieux répondre à l’urgence climatique. Mais, comme on pouvait s’y attendre, aucune de ces pistes ne semble convenir aux «gilets jaunes».
«Au terme de ce grand débat national qui a duré trois mois, notre démocratie est en panne», commente au Figaro Benjamin Cauchy, «gilet jaune» historique, devenu depuis la fin mars porte-parole du mouvement politique Debout la France. Il est également candidat pour ce parti aux élections européennes de mai. «L’exécutif joue la carte de l’enlisement et du pourrissement du mouvement social des «gilets jaunes», affirme-t-il. Dès le 10 décembre j’étais en délégation dans le bureau d’Edouard Philippe pour lui faire part de nos revendications, notamment sur l’indexation des retraites, l’allocation adulte handicapé et la revalorisation de la pension d’invalidité. Quelles mesures concrètes a-t-il prises pour y répondre favorablement? La majorité a mis trois semaines pour supprimerl’ISF, elle pourrait mettre aussi peu de temps pour créer des mesures en faveur du pouvoir d’achat mais elle est pieds et poings liés par les contraintes budgétaires imposées par Bruxelles et ne veut pas lâcher de lest pour relancer le pouvoir d’achat des ménages».
«Nous n’avons pas noté de grandes avancées de la part du chef du gouvernement»
Maxime Nicolle
Même déception chez Maxime Nicolle. «Nous n’avons pas noté de grandes avancées de la part du chef du gouvernement, déplore cette figure médiatique du mouvement. Il n’y a pas de remise en cause de l’ISF, rien sur la TVA des produits de première nécessité, ni sur le RIC (référendum d’initiative citoyenne, ndlr) ou le gel de la hausse des carburants. Les propos d’Edouard Philippe vont relancer la mobilisation, le samedi 13 avril à Toulouse, le 20 avril et le 1er mai Paris. Une convergence des exaspérations est en train de se préparer avec les professeurs et le BTP».
Pour sa part, José Espinosa, «gilets jaunes» à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, est très remonté. «C’est du grand blabla, le premier ministre n’a rien annoncé de concret, sinon souligner l’exaspération fiscale, la réduction des impôts et des dépenses publiques pour y parvenir. C’est scandaleux et contradictoire car les gens veulent plus de services publics, de pouvoir d’achat et une meilleure vie. Il n’y a plus rien à attendre de cette majorité. Il faudra descendre par millions dans la rue pour qu’elle change avec de nouvelles élections législatives. Ce grand débat était l’occasion d’apporter des réponses aux attentes des citoyens pour améliorer leurs conditions de vie. Le rendez-vous est manqué», assure-t-il. «Le président de la République a dépensé 12 millions d’euros pour faire sa promo au milieu de personnes triées sur le volet, c’est de l’enfumage, regrette Olivier «gilet jaune» à Rosny-sous-bois, en Seine-Saint-Denis. On essaye de nous faire passer pour des casseurs alors que l’on représente le peuple qui souffre, qui a faim et qui veut travailler. Il n’y a rien à atteindre de ces gens-là qui cherchent à faire vivre le plus longtemps possible un système qui va à sa perte. Plus on attendra pour le réformer et plus la violence sera forte».
La critique la moins acerbe vient d’Ingrid Levavasseur, figure historique des «gilets jaunes» et candidate éphémère aux élections européennes. «Il s’agit d’une retranscription du grand débat national, je n’attendais pas grand-chose de concret de la part d’Edouard Philippe, constate-t-elle. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, les mesures concrètes viendront après. En tous cas, le RIC et la suppression de l’ISF ne sont pas des mesures partagées par la majorité des «gilets jaunes»». Les prochains samedi de mobilisation permettront sans doute de savoir comment les sympathisants du mouvement ont perçu la restitution de ce grand débat national.
Par le figaro.fr