Maroc: le salaire annuel d’un milliardaire vaut 154 ans de labeur au SMIC

Femme marocaine divorcée avec un enfant
Un salarié marocain payé au SMIC doit travailler 154 ans pour toucher le salaire annuel d’un
milliardaire, constate un rapport d’Oxfam-Maroc sur les inégalités dans le pays. Le rapport avance également des propositions pour lutter contre cette situation en adoptant une fiscalité juste.
Les 3 et 4 mai prochains se tiendront au Maroc les assises de la fiscalité. À cette occasion, Oxfam-Maroc a publié un rapport sous le titre: Un Maroc égalitaire, une taxation juste, dans lequel cette organisation dresse un état des lieux sur les inégalités dans le pays. Le document affirme entre autres qu'un milliardaire touche un salaire annuel moyen 154 fois plus grand que celui d'un employé au SMIC. Oxfam propose également des propositions pour réduire les inégalités en s'appuyant sur une fiscalité juste.
«Les inégalités dans le Royaume […] sont le résultat de politiques publiques inadaptées et encouragées par les institutions internationales», affirme Abdeljalil Laroussi, responsable plaidoyer et campagnes d'Oxfam-Maroc. «Depuis l'indépendance, le Maroc a adopté des modèles de croissance qui sont en train de creuser les inégalités et qui mettent une grande partie de la population en situation d'extrême vulnérabilité», poursuit-il.

Le responsable met l'accent sur le fait que les inégalités freinent la lutte contre la pauvreté, nuisent à la croissance et exacerbent les tensions sociales. «Il est urgent que les responsables politiques et les entreprises prennent le problème à bras le corps», souligne-t-il, soutenant que «les citoyens peuvent aussi agir pour inverser la tendance en interpellant les décideurs publics!». D'après le rapport, il faudrait 154 ans à une personne salariée au SMIC «pour gagner ce que reçoit en 12 mois l'un des milliardaires du Maroc». Le document stipule aussi que « le fils d'un cadre supérieur dispose de 456 fois plus de chances d'appartenir à la même catégorie socioprofessionnelle que son père, par rapport à un fils d'ouvrier».

Concernant la réparation de la richesse nationale, l'étude révèle qu'en 2018, les trois milliardaires les plus riches du pays détenaient à eux seuls 4,5 milliards de dollars, tandis que 1,6 million de personnes étaient en situation de pauvreté et un huitième des femmes marocaines étaient en situation de vulnérabilité, «c'est-à-dire susceptibles de basculer dans la pauvreté à tout moment». M.Laroussi estime donc «ce modèle économique qui concentre d'immenses richesses dans les mains d'une minorité alors que des millions de personnes vivent dans l'extrême pauvreté est injuste et défaillant».

Dans ce sens, Oxfam-Maroc affirme que des solutions existent pour mettre fin aux injustices et cela implique que «les décideurs publics adoptent des mesures ambitieuses pour changer la donne». «La justice fiscale est un excellent moyen de cohésion sociale», affirme Asmae Bouslamti, responsable du programme gouvernance d'Oxfam-Maroc, selon la même source. «Elle permet de corriger les inégalités en redistribuant les richesses lorsqu'elles sont mal réparties initialement, et de prélever les ressources nécessaires pour le financement d'infrastructures et de services publics qui profitent à toute la collectivité», conclut-elle.
Par sputnik