Philippines : le retour de la famille du président Marcos

Imée Marcos, en novembre 2016, alors qu'elle était encore gouverneure.

Plus de trente ans après la fin de la dictature, la fille de l'ex-président philippin Marcos est sur le point de devenir sénatrice.

Dans la famille Marcos, on connaissait Ferdinand, l'ancien président des Philippines, et son épouse Imelda, la femme aux 3000 paires de chaussures, qui ont régné sur le "pays aux 7000 îles" durant plus de trois décennies. À son tour, leur fille pourrait jouer un rôle national. Surnommée Imée, María Imelda Josefa Romualdez Marcos est sur le point d'être élue sénatrice d'Ilocos Norte, dans l'île de Luzon, au nord-ouest du pays. Selon les résultats partiels, elle arrive en 8e position (sur 12 sièges disponibles) des élections sénatoriales de mi-mandat, qui se sont tenues le 13 mai dernier.  

Loi martiale et corruption

Petit rappel historique : en 1986, Ferdinand Marcos est chassé du pouvoir par une révolution populaire, après un règne de fer marqué par une loi martiale, des accusations de corruption et des violations graves des droits de l'homme. Soupçonné d'avoir détourné 10 milliards de dollars des caisses de l'État et classé "deuxième dirigeant le plus corrompu de tous les temps" en 2004 par l'organisation Transparency international, le dictateur meurt en exil, à Hawaï, en 1989.  
Depuis quelques années, il n'en fait pas moins l'objet d'une réhabilitation. En 2017, l'actuel président de la République, Rodrigo Duterte, l'a ainsi qualifié de "héros" lors des festivités marquant le centenaire de sa naissance. "C'était le plus grand président et toutes les critiques à son encontre ne sont que des âneries", a déclaré Duterte, lui-même accusé de nombreuses violations des droits de l'homme dans la guerre qu'il mène contre la drogue.  

Sur les traces de maman

Après la mort de son mari, Imelda Marcos avait été autorisée à rentrer à Manille. En 1992, elle est candidate à l'élection présidentielle. En 2010, elle est élue députée dans la province d'Ilicos Norte. En novembre dernier, l'ancienne première dame est rattrapée par son passé et condamnée, à 89 ans, à une lourde peine de prison pour corruption. Elle ne devrait toutefois pas l'effectuer, étant donné son âge avancé et ses recours possible. 
Et sa fille ? Rentrée aux Philippines à la fin des années 1990, après douze ans d'exil, Imée suit les traces de sa mère. En 2010, elle est élue gouverneure dans la même région (Ilocos Norte). Reconduite à deux reprises, elle décide l'an dernier de participer aux élections sénatoriales du 13 mai.  

CV trafiqué

Contestée durant sa campagne, elle est notamment accusée d'avoir menti sur son CV. Sur son site officiel, elle prétend être "l'une des premières femmes diplômées - avec les honneurs - de l'université de Princeton". Selon plusieurs enquêtes menées par la presse locale et américaine, elle aurait en réalité assisté à certains cours du prestigieux établissement, entre 1973 et 1976, mais n'aurait pas passé de diplôme. 
Mais quelle importance ? Pour la fille du dictateur, les gens ne s'embarrassent pas de ce genre de détails : "ce qui leur importe, davantage que toutes ces polémiques, c'est que j'arrive à faire baisser le prix du riz, à créer des emplois et que j'ai des idées pour combattre le terrorisme et la guerre" , a-t-elle récemment déclaré à CNN. Cette entorse avec la réalité ne semble, du reste, pas poser de problème à Hugpong ng Pagbabago, la coalition politique soutenue par le gouvernement à laquelle appartient Imée Marcos. "De toute façon, tout le monde ment", avait commenté en mars la dirigeante de ce groupe politique, une certaine... Sara Duterte, la fille de l'actuel président.  



Peu après, ce dernier a d'ailleurs enfoncé le clou. Interrogé par un journaliste sur la question de l'honnêteté en politique, le président philippin a répondu qu'il y avait des choses "qu'il valait mieux ne pas dire", surtout si elles étaient susceptibles de créer des problèmes. Imée Marcos peut dormir tranquille...