Soudan : vers un accord pour instaurer une autorité conjointe entre civils et militaires

L’armée et les représentants de la contestation sont parvenus à un accord sur un nouveau « Conseil
souverain », qui va remplacer le Conseil militaire au pouvoir depuis la destitution du président Omar Al-Bachir.
Au Soudan, les discussions progressent sur un changement de régime politique. Près d’un mois après la destitution du président Omar Al-Bachir par l’armée, les généraux soudanais et les représentants de la contestation populaire ont annoncé, lundi 13 mai, être parvenus à s’entendre sur des structures de transition exigées par les manifestants.
Cet accord a été annoncé quelques heures après la reprise de discussions jugées cruciales pour l’avenir du pays qui vient de mettre fin à trois décennies d’un pouvoir sans partage exercé par l’ancien président Omar Al-Bachir. « Au cours de la réunion d’aujourd’hui, nous nous sommes mis d’accord sur la structure des organes [de transition] et leurs prérogatives », a déclaré Taha Osman, un porte-parole des protestataires, à l’Agence France-Presse (AFP). Ces organes sont un « Conseil souverain, un cabinet et une Assemblée législative », a-t-il précisé. « Les discussions de demain [mardi] vont porter sur la durée de la période de transition et la composition du [nouveau] conseil [et des deux autres organes] », a-t-il ajouté.
Le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamsedddine Kabbachi, a confirmé les termes de l’accord. « Nous nous sommes entendus sur la formation des entités de la transition aux niveaux souverain, exécutif et législatif », a-t-il déclaré à la presse. « Demain, nous allons discuter des pourcentages de représentation [au sein de ces organes] et de la durée de la transition », a-t-il encore expliqué.
Jusqu’ici, les deux parties divergeaient notamment sur la composition d’un Conseil souverain appelé à remplacer le Conseil militaire qui a pris le pouvoir après l’éviction de M. Al-Bachir le 11 avril. L’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, veut qu’il soit dominé par les civils, tandis que l’armée cherche à ce qu’il comprenne une majorité de militaires. Les généraux souhaitent une période de transition de deux ans, tandis que les protestataires veulent que cette période s’étende sur quatre ans. Les militaires voulaient en outre garder la charia (loi islamique) comme source de la législation pendant la période de transition.

L’ancien président Al-Bachir inculpé

Maître du Soudan pendant près de trente ans, le président Al-Bachir a été destitué à l’issue d’une série de manifestations populaires qui ont débuté le 19 décembre, après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays à l’économie exsangue.
Il a été inculpé aux côtés d’autres personnalités « pour incitation et participation au meurtre de manifestants » pendant les protestations contre son régime, a annoncé lundi le procureur général soudanais. L’inculpation de l’ancien président, emprisonné à Khartoum, fait suite à une plainte déposée pour la mort d’un médecin durant des protestations à Burri, un quartier de l’est de la capitale. Dans son communiqué, le procureur général a recommandé l’« accélération des enquêtes sur les meurtres d’autres manifestants ».
Selon une association de médecins proche de l’ALC, la coordination des protestataires, 90 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre depuis le début des manifestations le 19 décembre. Les autorités parlent, elles, d’un bilan de 65 morts.
L’ancien chef de l’Etat fait également l’objet de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), qui souhaite le voir répondre à La Haye d’accusations de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre lors du conflit au Darfour. Fin avril, le Conseil militaire de transition, qui l’a remplacé, avait indiqué refuser un transfert vers La Haye, laissant cette éventuelle décision à un futur gouvernement civil.

Tensions à Khartoum

Les progrès dans les négociations sur le transfert du pouvoir par les militaires interviennent alors que la tension est montée dans la capitale Khartoum. Depuis dimanche soir, des manifestants bloquent une grande artère de la capitale, la rue du Nil, après avoir accusé les militaires d’avoir fermé un pont menant à leur sit-in permanent devant le QG de l’armée. Lundi, des heurts ont eu lieu entre forces de l’ordre et manifestants, selon le comité des médecins proche de l’ALC, qui a fait état de trois manifestants blessés par balles. Les paramilitaires de la Force de soutien rapide ont dispersé à coups de bâton des manifestants dans plusieurs endroits de Khartoum et démantelé des barricades, selon ce comité.
Dès dimanche, le Conseil militaire a jugé « totalement inacceptable » le blocage de la rue du Nil. « Cela crée du chaos et rend la vie difficile pour les citoyens », avait-il déclaré dans un communiqué. Mais il a démenti des affirmations sur les réseaux sociaux selon lesquelles les forces de sécurité avaient l’intention de disperser le sit-in principal qui se maintient devant le QG de l’armée depuis le 6 avril.
Par Le Monde