Au Cameroun, la crise migratoire la plus délaissée au monde, selon un rapport

Photo de couverture du rapport du NRC. Crédit : Maheder Haileselassie/NRC

Dans son classement annuel des crises de réfugiés les plus négligées, l’ONG Norwegian Refugee Council révèle que le Cameroun arrive en tête avec plus de 450 000 déplacés en régions anglophones. Et ce, dans une quasi-indifférence générale.


“Plus de 450 000 déplacés, 780 000 enfants sortis du système scolaire, des centaines de villages incendiés et des dizaines de milliers de personnes contraintes de se cacher dans la brousse sans aucune aide humanitaire : le Cameroun vit actuellement la crise migratoire la plus négligée au monde”, affirme l’ONG Norwegian Refugee Council (NRC) qui a publié vendredi 7 juin son classement annuels des grands oubliés.
L’institution estime que d’importants déplacements de population et que l’accroissement des besoins humanitaires dans les régions anglophones du Cameroun ces derniers mois n’ont été accueillis que “par un silence assourdissant” de la part de la communauté internationale. D’autres régions, en revanche, ne sont pas logées à la même enseigne, selon NRC.
“Bien que l’assistance humanitaire devrait être basée uniquement sur les besoins, certaines crises reçoivent bien plus d’attention et de soutien que les autres”, a commenté Jan Egeland, le secrétaire général du NRC qui s’est récemment rendu au Cameroun. “Cependant, chaque jour des millions de personnes déplacées sont négligées car elles ont été frappées par la mauvaise crise. Cette culture de la paralysie entretenue par la communauté internationale doit cesser.”
Quelque 320 millions de dollars nécessaires pour enrayer la crise humanitaire
Le classement du NRC se base sur l’analyse de 38 crises en cours en 2018 et répond à trois critères : le manque de financement, le manque d’attention médiatique et la négligence politique. La majorité des 10 pays figurant au classement se trouve en Afrique.
Le Cameroun, lui, est en proie à trois crises. La première -et la plus importante- concerne les régions séparatistes anglophones dans le sud-ouest. Mais le pays doit aussi faire face à une crise de déplacés dans le nord fuyant les violences perpétrées par Boko Haram. Une crise de réfugiés est également en cours dans l’est, où un grand nombre de ressortissants centrafricains ont passé la frontière pour venir chercher la protection du Cameroun voisin.
Sur les 320 millions de dollars dont aurait besoin le pays, selon l’ONU, pour répondre à ces diverses crises migratoires, seuls 44% ont été levés. Plus de 1,3 million de personnes ont besoin d’une aide humanitaire dans le pays. Devant l’urgence de la crise en régions anglophones, les ONG craignent désormais que les maigres fonds alloués pour les deux autres crises dans le nord et dans l’est ne soient réattribués aux régions anglophones.
"Il n’y a qu’en attirant l’attention sur ces crises que nous pouvons changer les choses"
Au classement du NRC, le Cameroun est suivi par la République Démocratique du Congo, la Centrafrique et le Burundi, tous affectés par des conflits provoquant d’importants déplacements internes et interafricain mais aussi vers l’Europe. L’Ukraine, seul pays européen présent au classement, arrive en 5e position, suivi par le Venezuela. Au bas du classement se trouvent le Mali, la Libye, l’Éthiopie et les territoires palestiniens.
“Des millions de personnes touchées par ces crises ne reçoivent pas le soutien qu’elles devraient avoir. Il n’y a qu’en attirant l’attention sur ces crises que nous pouvons changer les choses”, écrit le NRC dans son rapport. 
Reste que les organismes humanitaires peinent de plus en plus à répondre aux besoins, note Helen Thompson de l’ONG CARE International, interrogée par la Fondation Thomson Reuters. “Le seul travail des humanitaires sur le terrain ne suffit pas répondre à tous les besoins. Ces crises doivent trouver des solutions politiques pour mettre fin aux conflits et permettre aux populations de reconstruire leurs vies et vivre enfin en paix”, a-t-elle déclaré.
Selon le dernier rapport en date du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU, un nombre record de 68,5 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur maison à la fin 2017.
Par infomigrants.net