Crise anglophone au Cameroun: Le dialogue n’aura pas lieu !


Vu de Yaoundé ou de Douala, le Cameroun est un pays en paix. Tout s’y passe très bien, comme par
le passé. Pourtant, lorsque vous vous rendez à la gare routière de Bonaberi sur la rive ouest du Wouri, vous y verrez une autre réalité: le Cameroun n’est pas en paix. Des familles complètement démunies arrivent du Sud Ouest par vagues afin de trouver refuge à Douala.
À Yaoundé, un proviseur de lycée révèle : « Il nous a été instruit d’inscrire dans nos classes pléthoriques tous les enfants qui viennent des zones en conflit. Inutile d’exiger d’eux un dossier d’inscription... »
A Bafia, le maire a ouvert un registre pour identifier les autochtones qui accepteraient d’accueillir un réfugié parmi de nombreux qui affluent chaque jour dans cette localité qui fait jonction entre le région de l’ouest et celle du centre.
Voilà quelques signes qui démentent que « Quand Yaoundé respire, le Cameroun vit ! ». Les effets de guerre dans la partie anglophone du Cameroun sont déjà très visibles partout.
Du côté des pouvoirs publics, le mot « dialogue » est devenu un concept marketing revendiqué pour plaire, pour être à la mode. Mais au fond, personne n’y croit, personne n’en veut.
Dans l’environnement actuel, si un dialogue inclusif et sans préalable devrait se tenir pour tenter de résoudre cette crise qui s’enlise et engendre d’autres problèmes, il devrait réunir dans une même salle: le gouvernement, l’opposition présente au Parlement, la société civile représentative, les fédéralistes,et les décentralistes. Il ne faudrait avoir peur de personne, il ne faudrait exclure personne. Le modérateur des discussions devrait faire l’objet d’un consensus.
Dans un pays, si un compatriote a pris des armes hors de l’armée nationale pour tuer ses compatriotes, il faudrait écouter ses mobiles. S’il ne parle pas à un dialogue, il s’estimera comprimé. La première difficulté réside donc dans ce format du dialogue et l’inscription des sujets à y aborder.
La seconde difficulté proviendrait de la personne du chef de l’Etat. Paul Biya n’a pas la culture du dialogue et de la contradiction démocratique. Au courant des années 1990-1991, quand il avait fallu passer du système des partis uniques au multipartisme, partout en Afrique, les chefs d’Etat avaient ouvert les conférences pour cette mutation. Ils donnaient à cette occasion des orientations sur les objectifs attendus. Au Cameroun, même la « Tripartite » voulue par le président de la République, il n’y avait pas mis les pieds, et encore moins appliqué ses résolutions. C’est pas aujourd’hui qu’il a changé.
La cacophonie à laquelle se livrent le Pm, le Minat, les deux rejoints par Jean de Dieu Momo, si elle avait été un dysfonctionnement de langage , quelqu’un aurait aussitôt sifflé la fin de la récréation. Le mutisme observé jusque là est à dessein: montrer à l’opinion internationale que quelque chose bouge dans le sens d’un dialogue; pourtant au fond, il n’y a rien qui se passe ! Paul Biya dit qu’il veut dialoguer, mais des faucons l’en empêchent. Personne ne croit à cette grande force de ces faucons qui ne sont en réalité que des « créatures » du Prince.
Dans le fond, quel que soit le bout par lequel un éventuel dialogue se tiendrait, on aura beau mettre les gardes fous, ce dialogue se transformerait inéluctablement en procès de Paul Biya. Certains exigeraient son départ préalable. D’autres réclameraient son bilan de ses 37 ans de pouvoir.
Paul Biya prendrait-il le risque dans ce contexte d’organiser son propre procès ? Moralité, pour le dialogue inclusif, le monde pourra toujours attendre.
*Xavier Messe⁩*