Hongkong : heurts après le report de l’examen d’une loi controversée

La police disperse des manifestants, mercredi 12 juin, à Hongkong. 
Le gouvernement a remis au 20 juin le vote du projet de loi sur les extraditions vers la Chine
continentale, cédant à la pression des milliers de manifestants.
Face à l’afflux de manifestants depuis la veille au soir aux abords du Parlement de Hongkong, à Tamar Square, le gouvernement a cédé, mercredi 12 juin, au moins momentanément, en repoussant la présentation en session plénière du projet de loi extrêmement controversé sur les extraditions vers la Chine continentale, qui devait commencer dans la journée.

Les forces de l’ordre ont fait usage de matraques et de gaz poivre pour tenter d’empêcher les manifestants, armés de parapluies et les yeux protégés de lunettes, d’édifier des barricades. Le chef de la police, Stephen Lo, a défendu ses troupes, déclarant qu’elles avaient fait preuve de « retenue » jusqu’à ce que des « gangsters » tentent de prendre le Conseil législatif (LegCo, Parlement).
« Les députés seront prévenus du nouvel horaire ultérieurement », annonce le communiqué du président du Parlement, Andrew Leung. La veille, ce dernier avait réaménagé tout le calendrier du Parlement pour aboutir à un vote jeudi 20 juin, une semaine plus tôt que la date prévue. Un changement qui indiquait le souhait d’en finir le plus vite possible avec ce projet de loi, que le gouvernement avait l’intention de faire passer en force, la majorité des sièges étant acquis au camp pro-Pékin.

Demi-mesure

La demi-mesure annoncée ce matin est donc loin de satisfaire les manifestants, qui réclament un abandon pur et simple de ce texte, dans lequel ils voient une brèche dans l’Etat de droit dont bénéficie Hongkong, dont le système juridique est autonome par rapport à celui de la Chine.
Malgré la très forte présence policière, l’afflux de manifestants mercredi dans le quartier du gouvernement a forcé l’arrêt du trafic, créant des scènes qui, en quelques heures, ont rappelé la révolte des parapluies de l’automne 2014. Pendant soixante-dix-neuf jours, le même quartier, Admiralty, avait été occupé par des dizaines de milliers de jeunes manifestants réclamant une vraie démocratie. Malgré une tentative de dialogue qui avait eu lieu entre Carrie Lam, alors secrétaire en chef du gouvernement précédent, et une délégation d’étudiants, l’énorme mobilisation n’avait pas obtenu l’objectif espéré d’instaurer un véritable suffrage universel à Hongkong.
Mercredi matin, la consigne a été donnée aux fonctionnaires de ne pas se rendre au bureau et pour ceux qui y étaient déjà, de rester sur place. Ailleurs dans la ville, plusieurs voitures se sont arrêtées au milieu de certaines artères stratégiques, dans le but apparent d’interrompre la circulation, mais ces désordres n’ont été que momentanés.
La police disperse des manifestants, mercredi 12 juin, à Hongkong.
La police disperse des manifestants, mercredi 12 juin, à Hongkong. PHILIP FONG / AFP
La veille au soir, des photos et des vidéos montrant des contrôles virulents et des fouilles agressives dans la station de métro Admiralty ont circulé sur les réseaux sociaux et ont attisé la colère, notamment des jeunes. La police, pour sa part, était sur des charbons ardents après avoir repéré nombre d’appels à la violence sur les réseaux sociaux.

Echec

Cette décision provisoire du président du Legco, réclamée par le camp pro démocratie, est un constat d’échec pour le gouvernement, imputable en particulier au tempérament intransigeant de la chef de l’exécutif : Carrie Lam a clairement pensé qu’elle pouvait faire passer en force ce projet de loi, en ignorant le signal massif de la grande marche d’un million de personnes, dimanche, et en comptant sur la police pour maintenir l’ordre et gérer le chaos.
Pourtant, l’opposition à ce texte provient de nombreux pans de la société hongkongaise. Au moins mille entreprises locales ainsi que des syndicats d’étudiants, d’enseignants, de chauffeurs de bus et de travailleurs sociaux ont annoncé leur intention de protester contre ce projet de loi d’une manière ou d’une autre. Les chauffeurs de bus ont parlé de faire une grève du zèle en roulant très lentement.
Des multinationales, notamment le cabinet d’audit Deloitte, ont autorisé leurs employés à travailler de chez eux pour la journée de mercredi. Même l’Eglise catholique a appelé le gouvernement à renoncer à ce projet de loi, un appel qui aura peut-être plus de poids auprès de la chef de l’exécutif – qui se dit fervente catholique – que la marche pacifique d’un million de citoyens.Le président du Conseil législatif (LegCo, Parlement hongkongais) a déclaré dans un communiqué que la réunion durant laquelle les députés devaient examiner le texte en deuxième lecture aurait lieu « à une date ultérieure ».