Carola Rackete, la capitaine du Sea Watch 3 devenue icône de la défense des migrants

La capitaine du Sea Watch 3 a acquis une notoriété – notamment sur les réseaux sociaux – en décidant mercredi d’entrer dans les eaux italiennes contre l’avis de Rome. Engagée dans un bras de fer avec le gouvernement de Matteo Salvini, la jeune femme de 31 ans s'est déclarée "prête à aller en prison" s'il le faut.

"J’ai décidé d’entrer dans le port de Lampedusa. Je sais ce que je risque mais les 42 survivants que j’ai à bord sont épuisés. Je les emmène en lieu sûr". C’est le regard décidé et sans trembler que Carola Rackete, la capitaine du Sea Watch 3, a annoncé mercredi 26 juin qu’elle allait braver l’interdiction qui lui avait été faite d’entrer dans les eaux italiennes pour débarquer les 42 migrants qui se trouvent à bord de son navire.

En quelques heures, la jeune femme de 31 ans aux longues dreadlocks retenues en queue de cheval est devenue une héroïne parmi les défenseurs des migrants. De nombreux internautes ont posté sa photo sur Twitter avec le célèbre vers du poète américain Walt Whitman, "Ô captain, my captain". Le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini l’a, lui, qualifiée d’"emmerdeuse".

L'écrivain et journaliste antimafia Roberto Saviano, ferme opposant à Matteo Salvini, et le sénateur Gregorio De Falco, ancien officier des garde-côtes célèbre pour avoir vertement tancé le capitaine du Costa Concordia descendu de son paquebot échoué en janvier 2012, lui ont également apporté leur soutiens.
"Carola Rackete a choisi de ne pas se soustraire à la justice pour ramener les survivants sur la terre ferme. Matteo Salvini, au contraire, a fui ses responsabilités dans l’affaire du Diciotti  pour séquestration de migrants en mer", a publié sur Twitter Roberto Saviano avec une photo opposant Carole Rackete, "capitaine courage" à Matteao Salvini, "capitaine couard".
"Le capitaine Carola Rackete est une personne de haute dignité morale, elle démontre une force et une cohérence considérables par rapport aux responsabilités de son rôle de capitaine", a de son côté affirmé dans un long message posté sur Facebook.

"Si tu as besoin d'être secouru, tout le monde a le devoir de te secourir"
Engagée avec l'ONG allemande Sea-Watch depuis 2016, Carola Rackete a fait du sauvetage une question de principe : "Peu importe comment tu arrives dans une situation de détresse. Les pompiers s'en moquent, les hôpitaux s'en moquent, le droit maritime s'en moque. Si tu as besoin d'être secouru, tout le monde a le devoir de te secourir".
Et la jeune femme de souligner qu’en mer, "le secours se termine quand les gens se trouvent en lieu sûr". Mais, depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement populiste en juin 2018 en Italie, ce "lieu sûr" n'est plus garanti, et le travail des rares ONG encore en opération en Méditerranée a pris un tour politique.

Carola Rackete l’assume. "Nous, les Européens, avons permis à nos gouvernements de construire un mur en mer. Il y a une société civile qui se bat contre cela et j'en fais partie", explique-t-elle.
"Je suis prête à aller en prison"
Pour avoir décidé de s’approcher du port de Lampedusa mercredi, la jeune capitaine risque des lourdes poursuites. Selon le "décret sécurité bis" promulgué par Matteo Salvini début juin, les ONG ont l'interdiction d'entrer dans les eaux italiennes. En cas d'infraction, le décret-loi prévoit une sanction allant de 10 000 à 50 000 euros pour le commandant du navire (et si possible pour le propriétaire de celui-ci), la saisie du navire et des poursuites pour "aide à l'immigration illégale". 
Selon le site d'information Open, “en n’obéissant pas à l’ordre d’arrêter le bateau, Carola Rackete pourrait avoir commis une infraction pénale et être accusée d’avoir favorisé l’immigration clandestine ainsi que de ne pas avoir obéi aux ordres d’un navire militaire italien, ce qui implique des peines allant de cinq à quinze ans de prison”. 

"Je suis prête à aller en prison pour cela et à me défendre devant les tribunaux s’il le faut parce que ce que nous faisons est juste", a assuré la capitaine.
Pour payer les frais de justice de l'ONG et de "Capitaine Carola", une cagnotte a été ouverte. En moins de 24 heures, elle avait déjà récolté plus de 130 000 euros.