Cameroun:Un prisonnier politique parle depuis la prison Centrale de Kondengui

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Cameroun:Un prisonnier politique parle depuis  la prison Centrale de Kondengui 
“ Salut à tous.
Je vous envoie ce message depuis la prison Centrale de Kondengui où je suis incarcéré depuis 45 jours pour avoir participé à la marche blanche du 1er juin 2019.
Certains s'offusquent de ce qu'un jeune étudiant de 22 ans «ayant l'avenir devant lui» se retrouve dans une telle affaire.
En effet, je me suis posé plusieurs questions : doit-on vivre ou exister ? Ou mieux survivre ou exister ; doit-on fermer les yeux sur l'injustice grandissante dans notre pays ? doit-on accepter toute forme de marginalisation, d'oppression et de mauvaise gestion de notre pays ? doit-on fermer les yeux sur les souffrances autour de nous parce-que l'on a un peu de quoi se mettre sous la dent ? Jusqu'à quand doit-on se cacher pour critiquer ou pour revendiquer un Cameroun juste et équitable pour tous ses fils et filles ?
Oui je me suis posé toutes ces questions et j'ai compris qu'il était temps que la situation désastreuse de notre pays prenne fin. Regardez autour de vous et dites moi si les choses avancent, réfléchissez un seul instant et dites moi si vous êtes d'accord avec la situation calamiteuse de notre pays. Dites moi si revendiquer de façon pacifique une situation sociale équitable est un crime. Nous sommes d'accord de ce que rien de tout cela n'est acceptable. Je sais que vous avez peur pour ma vie mais ne vous inquiétez pas car s'il advienne que je perde la vie, ce serait pour une cause noble et juste.
Plusieurs, plus jeunes que moi meurent tous les jours par centaines sur nos routes par accident, d'autres meurent dans des opérations de vol ou de braquage parce qu'ils n'ont pas d'autres alternatives pour survivre ; d'autres meurent dans nos hôpitaux pour des simples céphalées car nos hôpitaux ont perdu leur humanité, d'autres meurent à cause d'une guerre fratricide et inutile au NoSo, d'autres meurent en allant à la recherche de l'eau potable (cas de Wollorde à l'extrême nord).
Malgré toutes les pressions et intimidations je reste certain et convaincu qu'ensemble nous pouvons réunir nos voies et nos énergies pour donner à notre pays le souffle dont il a besoin pour décoller et renaître et ainsi retrouver ses lettres de noblesse.
Par Donkam Wambo Joseph
Prisonnier Politique
Kondengui le 15-07-2019”