En Chine, le visage comme porte-monnaie

Paiement par reconnaissance faciale d’Alibaba dans un supermarché de Handan, dans l’est de la Chine, le 20 juin.
Bientôt deux ans après les premières expérimentations, plusieurs chaînes de magasins utilisent
désormais les systèmes de paiement par reconnaissance faciale de Tencent (WeChat Pay) et d’Alibaba (Alipay).
Il y a la file d’attente aux caisses traditionnelles du Carrefour du parc Zhongshan, à Shanghaï, en ce vendredi 21 juin, à 18 heures. Mais Lu Shanhu, 28 ans, scanne ses quelques produits elle-même, puis son visage, et la voilà sortie. En Chine, les caisses automatiques des supermarchés Carrefour sont désormais équipées de systèmes de paiement par reconnaissance faciale. Surmonté par deux caméras de la taille d’une bille, l’écran reconnaît la personne, qui doit s’être inscrite au préalable, et affiche le montant. Lu Shanhu n’a plus qu’à entrer les quatre derniers chiffres de son numéro de téléphone sur le terminal de paiement fourni par WeChat Pay, du groupe Internet Tencent, et le tour est joué.

Deux ans après les premiers tests en situation réelle, le paiement par reconnaissance faciale convainc de plus en plus d’enseignes. A Pékin, les 300 boulangeries Wedome en sont équipées, tout comme certains restaurants KFC, des magasins Hema (les supérettes hyperconnectées d’Alibaba) ou des établissements XiaoYang ShengJian, une chaîne de restaurants de raviolis au porc. Carrefour estime que 20 % des paiements en général se feront avec cette technologie d’ici deux ou trois ans.
Les villes de Shenzhen et de Jinan ont testé la reconnaissance faciale en remplacement des tickets sur certaines lignes de métro
Il faut dire qu’elle est devenue presque banale en Chine. Applications bancaires, distributeurs automatiques, accès à des résidences sécurisées, même pour s’enregistrer dans les hôtels, la reconnaissance faciale s’impose un peu partout. Mme Li, 45 ans, ingénieure dans la construction, a payé ses courses chez Carrefour avec un bon vieux smartphone, mais elle n’exclut pas d’utiliser son visage une prochaine fois. « J’utilise déjà cette fonction pour me connecter à l’application de ma banque. Cela évite d’avoir à entrer un mot de passe. Et cela doit être encore plus sûr, puisque ce n’est pas falsifiable », croit-elle savoir.
Ces derniers mois, les villes de Shenzhen, capitale chinoise de la tech située face à Hongkong, et de Jinan, entre Pékin et Shanghaï, sur la côte est, ont testé la reconnaissance faciale en remplacement des tickets sur certaines lignes de métro.

Gain de temps et de productivité

Pour les consommateurs, l’avantage est de pouvoir faire ses courses sans portefeuille ni smartphone. C’est l’une des promesses de « l’Internet des objets » : si les équipements du quotidien sont capables d’interagir avec les humains, l’utilisateur n’a plus besoin d’un outil – aujourd’hui, le smartphone.