A Hongkong, la chef de l’exécutif Carrie Lam refuse toute « concession » aux manifestants

La chef de l’exécutif de Hongkong, Carrie Lam, lors d’une conférence de presse à Hongkong, le 9 août 2019. 
Les opposants, mobilisés depuis deux mois contre l’influence de la Chine sur leur territoire, ont
plusieurs fois réclamé le départ de la dirigeante hongkongaise.
Deux mois jour pour jour après le début du mouvement de contestation pro-démocratie à Hongkong, la chef de l’exécutif, Carrie Lam, a exclu vendredi 9 août toute « concession » politique aux manifestants, mobilisés contre l’influence grandissante de Pékin sur le territoire.
« En ce qui concerne une solution politique, je ne crois pas que nous devrions faire des concessions dans le but de faire taire les manifestants auteurs de violences », a déclaré Carrie Lam lors d’une conférence de presse tenue sans avoir été annoncée, vendredi.
Le territoire au statut spécial, rétrocédé à la Chine par le Royaume-Uni en 1997, connaît sa plus grave crise politique depuis cette date avec des manifestations et des actions presque quotidiennes, qui ont à plusieurs reprises dégénéré en violences entre activistes radicaux et forces de l’ordre. Plusieurs défilés sont encore prévus dans la ville, samedi 10 et dimanche 11 août.

Baisse de la fréquentation touristique

S’exprimant après une réunion avec les milieux d’affaires, la dirigeante hongkongaise a par ailleurs averti que l’impact économique du mouvement social pourrait être pire que celui de l’épidémie du Syndrome respiratoire aigu (SRAS) sévère en 2003. « Le ralentissement cette fois est intervenu très rapidement. Certains l’ont comparé à un tsunami. » « La reprise économique prendra très longtemps », a-t-elle assuré, en écho aux inquiétudes du secteur privé, en particulier celui du tourisme.
La compagnie hongkongaise Cathay Pacific a annoncé une chute des réservations, et les agences de voyage ont rapporté des baisses allant jusqu’à 50 % pour les visites de groupe. Plusieurs pays ont mis en garde leurs ressortissants en partance pour Hongkong, en particulier Washington, qui a exhorté cette semaine ses citoyens à « faire preuve d’une prudence accrue ».
Carrie Lam, à qui les protestataires demandent de démissionner, a reçu dans cette crise un soutien total de Pékin, qui a musclé son discours et intensifié ses menaces à l’égard des manifestants, ce qui n’a pas éteint la mobilisation pour autant. Vendredi, des milliers de manifestants ont lancé un sit-in à l’aéroport international – l’un des plus actifs au monde – pour sensibiliser les visiteurs étrangers à leur cause.

« Pas d’émeutiers, que de la tyrannie », scandaient les manifestants, dont certains portaient des masques et des casques jaunes de chantier. Leur action, non autorisée, est censée se poursuivre samedi et dimanche. Pour la plupart vêtus de noir, leur couleur emblématique, ils se sont assis sur le sol, dans le hall des arrivées, brandissant des pancartes condamnant en chinois et en anglais les violences policières.

Mobilisation élargie

Née du rejet d’un projet de loi controversé de l’exécutif hongkongais pro-Pékin, qui voulait autoriser les extraditions vers la Chine, la mobilisation s’est depuis considérablement élargie, avec en ligne de mire le pouvoir central chinois.
Les manifestants réclament ainsi l’élection d’un successeur de Carrie Lam au suffrage universel direct, et non sa désignation par Pékin, comme c’est le cas actuellement. Ils exigent aussi une enquête sur les violences dont ils accusent la police et l’abandon pur et simple du projet de loi controversé, actuellement suspendu.
Par Le Monde avec AFP