Mariam, Libérienne enceinte de trois mois, secourue par le Sea Watch 3

Mariam, dans le centre de soins de Lampedusa, le 16 juin 2019 Crédit : Giuseppe Borello

Mariam a été sauvée en mer par le Sea Watch 3 au mois de juin 2019 avant d'être débarquée sur la petite île italienne de Lampedusa. InfoMigrants a pu rencontrer là-bas la jeune Libérienne, qui espère que son mari, toujours coincé en Libye, pourra la rejoindre un jour en Europe. Rencontre.

Mariam se doutait qu’elle était enceinte. Elle a dû attendre d’arriver à Lampedusa pour en avoir la confirmation. Elle se souvient de s’être sentie mal à bord du bateau pneumatique sur lequel elle avait embarqué en mer Méditerranée, avant d’être secourue par le navire de sauvetage Sea Watch 3. "Je ne gardais aucune nourriture en moi", se rappelle la jeune femme. "Je n’avais aucun appétit."
C’est dans le centre de soins de l’île italienne qu’elle passe sa première échographie. Résultat : Mariam est enceinte de trois mois, son bébé va bien. Mais au lieu de célébrer la nouvelle, c’est l’inquiétude qui prend le dessus. "Pour le moment, je ne sais pas quoi faire, où aller. Je suis entre les mains du gouvernement italien", explique-t-elle. "Je n’ai aucun choix."
Du Libéria vers l’Italie
Le voyage de Mariam débute en 2016 au Libéria. Ses parents et la plupart des membres de sa famille sont décédés d'Ebola. Il ne restait qu’elle. Bien qu’elle n’ait pas contracté la maladie, Mariam a été considérée comme une paria. Elle travaillait en tant qu’esthéticienne, mais la peur du virus a fini par faire fuir les clients.

Des migrants  bord du Sea Watch 3 au large de Lampedusa  Credit Sea Watch
Des migrants à bord du Sea Watch 3 au large de Lampedusa | Credit: Sea Watch
 Elle raconte qu’elle n’avait quasiment pas d’argent pour payer le voyage vers l’Europe et n’a donc pas pu trouver un passeur. Elle commence alors à marcher seule à travers le désert avant d’atteindre le Libye en 2017.
Certains détails de son histoire sont peu clairs, mais il y a une chose dont elle est certaine : "La Libye, c’est l’enfer". "Quand les Libyens ‘trouvent’ des Noirs, ils viennent et mettent tout le monde en prison. Ils appellent vos parents et leur demandent d’envoyer 2 500 euros. Evidemment, je n’avais personne pour m’aider. Alors j’ai beaucoup souffert en Libye."
Son histoire est celle de milliers d’autres migrants d’Afrique subsaharienne qui ont été capturés par des miliciens. Parce qu’elle n’avait pas d’argent, pas de famille, Mariam a été particulièrement violentée par ses geôliers. "Ils m’ont torturée. Ils m’ont poignardée. Ils ont cru que j’étais morte. Ils m’ont laissée dans le désert. Blessée, j’ai perdu du sang pendant trois jours. Des personnes qui étaient dans le désert m’ont vue. Ils m’ont emmenée à Tripoli", se souvient-elle, en montrant une longue cicatrice sur son dos. 
"Ils violent les femmes"
Mariam préfère ne pas trop entrer dans les détails de son séjour en Libye. Elle dit y avoir rencontré son mari, mais Mariam ne veut pas révéler sa nationalité. Elle ne dit pas qu’elle a été violée mais le sous-entend. Elle répète le mot "viol" très souvent dans son témoignage. "Ils violent les femmes, ils frappent les femmes".
Mariam affirme qu’elle a été séparée de son mari en avril 2019, lors des bombardements sur Tripoli. L’enfant qu’elle porte est celui de son mari, affirme-t-elle. Quelques mois plus tard, en juin, Mariam embarque sur un bateau pneumatique avec 52 autres passagers, dont deux bébés et des femmes enceintes. En pleine mer, l'avion de l’ONG francaise Pilotes volontaires finit par les repérer. Nous sommes le 12 juin au large des côtes libyennes, à environ 75 kilomètres de la ville côtière de Zaouïa. 
Le groupe sera ensuite secouru par le bateau Sea Watch 3. Mais les difficultés continuent : le navire humanitaire ne reçoit pas l’autorisation d’accoster en Italie. "Parfois, je me dit que Dieu ne m’aime peut-être pas et c’est pour cela que je continue à souffrir comme ça. Partout où je vais, il y a des problèmes", se désole Mariam. "Parfois je prie et me dit que si je pouvais mourir, mon âme pourrait être en paix, au lieu de souffrir tout le temps."
Futur incertain
Il faudra attendre le 15 juin avant que les autorités italiennes n’autorisent 10 migrants, dont Mariam, à descendre du Sea-Watch 3 pour raisons médicales. La jeune Libérienne, épuisée, est emmenée à l’hôpital de l’île pour passer des examens.
Là-bas, on lui assure que son bébé va bien. Dans la foulée, Marian est transférée vers le "hotspot" de Lampedusa, le centre de migrants de l’île où tous les migrants passent quelques jours avant d’être redirigés vers un centre d'accueil en Sicile ou ailleurs en Italie.
InfoMigrants a rencontré Mariam deux jours après son arrivée dans le hotspot, dont elle a réussi à s’extirper pour trouver une connexion internet. Elle parlait le bambara avec deux autres migrants de la Côte d’Ivoire. L’un d’eux avait un téléphone et le prêtait aux autres migrants pour passer leurs appels.
Ils étaient assis sur un banc en face de l’entrée du "Archivio Storici di Lampedusa", une organisation culturelle faisant aussi office de librairie.
Ce jour-là, il y avait du vent et Mariam avait froid. Mais elle se sentait soulagée parce qu’elle avait réussi à contacter son mari pour la première fois en deux mois.
"Il m’a dit qu’il est très content parce que je suis entre les mains de bonnes personnes, que les Européens sont de bonnes personnes. Lui, il continue à souffrir et ne sait pas comment venir ici. J’espère que je le reverrai."
À noter : InfoMigrants a rencontré Mariam le 17 juin. Depuis ce témoignage, nous n’avons pas eu de nouvelles d’elle.
Traduction : Marco Wolter
Irene Caselli  
Par infomigrants.net