« Nous sommes encore là » : des milliers de militants prodémocratie mobilisés à Hongkong

Des policiers lors des manifestations prodémocratie à Hongkong, le 11 août. 
Le refus de la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, d’accepter toute « concession » politique aux
manifestants n’a pas porté de coup d’arrêt aux manifestations.
Des milliers de manifestants étaient de retour dans les rues de Hongkong, dans l’après-midi du dimanche 11 août, bravant chaleur, humidité et surtout la police, qui n’a pas autorisé les défilés pour ce dixième week-end de mobilisation d’affilée contre l’influence grandissante de Pékin sur ce territoire à statut spécial, rétrocédé à la Chine par le Royaume-Uni en 1997.
En début d’après-midi, des manifestants prodémocratie se sont rassemblés au cœur de Victoria Park, à Hongkong, d’où ils ont entamé une marche non autorisée par la police. « Nous sommes encore là (…) et nous verrons si nous avons envie de marcher plus tard », a déclaré à l’AFP une manifestante de 25 ans qui se présente simplement sous son nom, Wong. « Que le rassemblement soit illégal ne nous inquiète pas beaucoup », a-t-elle ajouté. « Ce ne serait pas bon pour Hong Kong que tout le monde ait peur et que personne n’ose descendre dans la rue », dit-elle encore. « Nous devons être libres de la peur. »



Née du rejet d’un projet de loi controversé de l’exécutif hongkongais pro-Pékin, qui voulait autoriser les extraditions vers la Chine, la mobilisation a depuis considérablement élargi ses revendications avec, en ligne de mire, le pouvoir central chinois. Les militants prodémocratie demandent l’élection d’un successeur de Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif, au suffrage universel direct, et non sa désignation par Pékin, comme c’est le cas actuellement. Ils exigent aussi une enquête sur les violences dont ils accusent la police et l’abandon pur et simple du projet de loi controversé.
« En ce qui concerne une solution politique, je ne crois pas que nous devrions faire des concessions dans le but de faire taire les manifestants auteurs de violences », a déclaré la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, lors d’une conférence de presse surprise, deux mois jour pour jour après le début de la mobilisation.

Jeu « du chat et de la souris » avec la police

La police a autorisé, dimanche, le rassemblement dans le Victoria Park mais pas la marche prévue à partir de là en direction de l’est de l’île de Hongkong. Les manifestants adoptent ce week-end la stratégie « du chat et de la souris » pour essayer de minimiser les confrontations directes avec la police. « Notre objectif est d’éviter les blessures, le sang et les arrestations », a expliqué à l’AFP un étudiant de 17 ans qui se trouvait à Victoria Park et dont le nom de famille est Chan.
Samedi soir, la police antiémeute a tiré des gaz lacrymogènes et arrêté seize personnes, mais les manifestants sont parvenus dans l’ensemble à éviter des confrontations musclées comme celles qui ont eu lieu ces dernières semaines. « Nos précédentes stratégies qui consistaient à rester au même endroit ont conduit à de nombreuses arrestations et blessures », a poursuivi Chan. « Nous devons être comme de l’eau pour éviter les coups », a-t-il ajouté.
Les autorités ont aussi refusé une deuxième manifestation qui a débuté également dimanche après-midi avec plusieurs milliers de participants, nombreux vêtus de noir, casques jaunes sur la tête, dans le quartier ouvrier de Sham Shui Po à Kowloon. Parallèlement, quelques centaines de contestataires poursuivaient un sit-in dimanche à l’aéroport international pour le troisième jour d’affilée. Ils espèrent rallier ainsi à leur cause les visiteurs étrangers qui débarquent à Hong Kong.
Le Monde avec AFP