Forex, diamants, bitcoin... Comment éviter les arnaques avant d'investir?

Les offres d’investissement ou de crédit frauduleuses sont aujourd'hui "synonymes de pertes considérables pour les épargnants".
Au fil des ans, certains placements sont devenus le terrain de prédilection d'escrocs promettant
des rendements très alléchants aux épargnants. Nos conseils pour éviter de se faire piéger.
Le Parquet de Paris, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) et l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ont publié mardi 17 septembre un document dans lequel les trois instances ont tenu, une fois de plus, à mettre les points sur les "i". Les offres d’investissement ou de crédit frauduleuses se révèlent aujourd'hui de plus en plus nombreuses au point, soulignent-elles dans un communiqué conjoint, d'être "synonymes de pertes considérables pour les épargnants, évaluées à au moins 1 milliard d’euros entre le 1er juillet 2017 et le 30 juin 2019".
Bien que les autorités françaises appellent régulièrement les épargnants à la vigilance, comme s'y emploie l'AMF sur son site, "ces dernières années, les demandes d’informations, les réclamations et plaintes faites auprès des trois institutions ont fortement évolué. Majoritairement concentrées sur le Forex et le crédit jusqu’au début 2016, les arnaques se sont déplacées sur les livrets d’épargne et sur de nouveaux supports, surfant sur les tendances du moment comme le diamant, les crypto-actifs, les forêts, le vin ou encore les cheptels", soulignent les trois autorités. Tour d'horizon des pièges à éviter et des bons réflexes à avoir avant de confier votre argent à un intermédiaire. 

Vérifiez toujours les agréments de la société et la liste noire de l'AMF

Le problème avec les placements, ce n'est pas tant les placements eux-mêmes, c'est surtout les "sociétés" qui en assurent la gestion. Pour exercer leur activité, ces dernières doivent impérativement être agréées par l'Autorité des marchés financiers. Pour éviter toute déconvenue financière, et si vous vous interrogez sur le sérieux d'une société qui vous propose de réaliser des placements, la première chose à faire est de vous renseigner sur celle-ci en vérifiant qu'elle a, effectivement, reçu l'agrément de l'autorité financière.
L'AMF propose une page sur son site ici qui détaille la marche à suivre et donne des liens vers plusieurs répertoires (Regafi, Orias, Geco) permettant de vérifier l'agrément des organismes de placement collectif et des sociétés proposant des placements. S'il n'y a aucun agrément, passez votre chemin, quel que soit le placement proposé.

Méfiez vous des conseillers trop insistants

En outre, de la même manière qu'il existe désormais ce que l'on appelle des "spin doctors" - ces fameux conseillers d'influence dont la mission consiste à transmettre au grand public une image positive des dirigeants qu'ils représentent - les sociétés de gestion frauduleuses "utilisent des techniques visant à vous influencer pour vous pousser à verser toujours plus d’argent, jusqu’à vous faire perdre vos économies", poursuit l'AMF. Objectif affiché: vous rendre dépendant vis-à-vis de leurs directives et "vous culpabiliser" si vous ne les suivez pas. Une insistance qui, pointe l'Autorité financière, tient bien plus de la "manipulation" que de la bienveillance et qui doit, de ce fait, vous alerter avant tout investissement.

Faites attention aux fausses rémunérations garanties

Dans l'absolu, hormis les livrets d'épargne réglementés dont les modalités (notamment au niveau des rendements) sont fixées par l'Etat, aucune rentabilité préétablie ne peut (ni ne doit) vous être proposée. Par ailleurs, même sans parler de rendement, seuls certains placements bien spécifiques (fonds en euros d'assurance vie, PEL, Livret A, LDDS, compte à terme à taux fixe...) vous garantissent de retrouver votre mise de départ. Pour les autres placements, vous pouvez toujours perdre une partie du capital investi à la base (comme par exemple avec les actions, l'immobilier, les SCPI...).  
Le fait est que les acteurs frauduleux ont souvent l'art et la manière de vous présenter les choses de façon trompeuse. "La victime est mise en relation avec un faux conseiller dont le discours manipulatoire, mêlant des informations avérées et mensongères, vise à crédibiliser sa société, sa démarche et à mettre en confiance son interlocuteur", précisent les trois instances dans leur communiqué.
Aussi, cette garantie de rendement doit constituer un signal fort et vous inciter à ne pas investir par le biais de la société qui vous sollicite. Un exercice d'autant plus délicat qu'aujourd'hui, à l'heure où les livrets d'épargne ne rapportent quasiment plus rien (si ce n'est rien du tout compte tenu de l'inflation), la tentation de miser sur des actifs plus risqués et donc potentiellement plus rémunérateurs à l'instar du diamant ou du bitcoin, se révèle grande pour dynamiser la rentabilité d'un portefeuille. Par conséquent, s'ils sont, en plus, gérés par des pseudo-conseillers (qui vous demandent régulièrement d'investir davantage contre un rendement encore plus important), ces investissements peuvent rapidement vous faire perdre de l'argent.  

Soyez prudents avec les sociétés de gestion en ligne

Tout comme il existe des banques en ligne, des syndics en ligne, des assureurs en ligne… La gestion d'actifs a également investi le monde de l'Internet. Sauf que certains acteurs non agréés vous proposeront d'ouvrir un compte personnel sur internet pour vous permettre "de suivre de manière individualisée et à grand renfort de statistiques présentées sous forme de courbes et de diagrammes, l'évolution de [votre] placement", soulignent les trois instances.
Bien sûr, aucune rencontre de visu n'est prévue. Publicités, appels téléphoniques, mails intempestifs ont pour but de crédibiliser la société de gestion. Par ailleurs, les escrocs ont pour habitude de vous faire "tester" le placement avant de vous demander plus d'argent. "Incitée à effectuer un premier versement et rassurée sur la rentabilité et la réalité de son investissement, la victime investira des sommes plus importantes qu’elle ne pourra récupérer", poursuivent les autorités. Là encore, il convient de se renseigner auprès de l'AMF afin de vérifier que la société qui vous sollicite est bien agréée. Vous pouvez également réclamer rapidement un premier virement pour bien vérifier que l'argent affiché sur le site internet en question existe bien. Car le plus souvent, l'argent misé a déjà disparu et les statistiques de rendement affichées ne sont que virtuelles. 
Tel qu'elle l'indique dans son communiqué, l'AMF devrait prochainement lancer un nouveau service répondant au nom d'"AMF Protect Epargne" sous forme d’application mobile et internet. Grâce à cela, "les épargnants pourront être alertés en temps réel sur les dernières mises en garde via des notifications ou alertes mail. Ils pourront rechercher facilement un site non autorisé dans les listes noires et estimer le niveau d’arnaque potentiel d’une proposition d’investissement en répondant à quelques questions simples. Enfin, ils pourront prendre contact avec l’AMF et signaler les fraudes éventuelles".

Ne misez pas sur des placements atypiques si vous n'y connaissez rien

En outre, au-delà des sites de gestion d'actifs frauduleux qui se multiplient sur la toile et qui, surtout, rivalisent d'inventivité pour vous faire croire à leur discours, il convient également de se pencher sur la nature même des placements.
S'ils ne sont pas dénués de risques, ils peuvent bien sûr être gérés par des sociétés tout ce qu'il y a de plus sérieux. Pour autant, dès lors que l'on parle de diamants d'investissement, de forêts, de cheptels, de crypto-actifs (bitcoin, ethereum...), de Forex (marché sur lequel on échange des devises et pour lequel l'AMF rappelait déjà il y a trois ans que les clients ayant choisi d'investir dessus avaient "enregistré 175 millions d’euros de pertes sur 4 ans") ou encore de vin, la prudence reste de rigueur. S'il existe des placements atypiques tout à fait légitimes et légaux, avec des acteurs sérieux et identifiés, ils sont à réserver aux investisseurs avertis et nécessitent le plus souvent une excellente connaissance de leur fonctionnement. Plus un placement est atypique et moins il faut se précipiter en somme. 
Pour vous prémunir face aux risques que représentent ces placements qualifiés d'"atypiques", ou d'"alternatifs", l'autorité financière insiste sur la nécessité de vérifier que le site qui vous propose de réaliser ce type de placement dispose bien d'un numéro d'enregistrement. Lequel numéro doit en principe apparaître sur un document d'information que votre gestionnaire se doit de vous adresser.

Evitez les placements trop beaux pour être vrais

Au final, avant tout investissement, il est nécessaire de s'interroger quant au caractère plausible du placement que vous souhaitez réaliser ainsi que sur le sérieux et la solvabilité du prestataire par lequel vous passez. Si on vous promet des rendements importants en l'absence de tout risque, cela doit éveiller vos soupçons. Les conseils en gestion d'actifs agréés n'hésiteront pas à vous rappeler que cette combinaison (bien qu'alléchante) n'existe pas. En effet, un rendement élevé correspond à un risque important. Et inversement. Sans compter que pour dynamiser un portefeuille d'investissement, il existe aujourd'hui un certain nombre de leviers à activer et d'arbitrages qu'il est possible d'opérer pour faire fructifier votre épargne, tout en limitant le risque de perte en capital. 
Julie Cohen-Heurton
BFM TV