Hommage national à Mugabe dans un Zimbabwe divisé sur son héritage

L’ex-président zimbabwéen Robert Mugabe sera finalement enterré le mois prochain à Harare. Après plusieurs jours de tractations et de tensions entre la famille du défunt et le gouvernement, un compromis a été trouvé : il sera bien inhumé au « Champ des héros », un monument national, comme le souhaitait le gouvernement. Ce 14 septembre, un hommage lui est rendu au stade national des sports de Harare devant une assistance clairsemée.

La foule est peu nombreuse ce 14 septembre sur les bancs du stade national de la capitale Harare où a commencé vers midi l'hommage national à l'ancien président zimbabwéen, Robert Mugabe, mort le 6 septembre à l'âge de 95 ans.
Plusieurs chefs d'Etat africains sont venus à Harare pour l'occasion, dont les
présidents du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, et de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema. Quasiment tous les chefs d'Etats-membres de la SADC, l’organisation régionale d’Afrique australe, sont présents, tels que le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, les Mozambicains Filipe Nyusi et Joaquim Chissano ou le Zambien Edgar Lungu.
On comptait également Sam Nujoma, le premier président de la Namibie, âgé de 90 ans, le Kenyan Uhuru Kenyatta et surtout Kenneth Kaunda, 95 ans, premier président de la Zambie démocratique chaudement applaudi par la foule.
Tous ont évoqué un homme intègre d’une moralité absolue qui a dédié sa vie à la lutte pour l’indépendance de son pays et de toute l’Afrique. « Il a été l’un des plus formidables combattants du continent », a salué l’ancien président ghanéen Jerry Rawlings, évoquant « un combattant pour la liberté connu et très apprécié, un modèle, mais surtout, surtout un impressionnant compas moral ». Uhuru Kenyatta a rendu pour sa part hommage à « une icône de la libération africaine ».
« Vous ne pouvez pas parler de l’Afrique australe sans évoquer Robert Mugabe, a estimé quant à lui l'ancien président congolais Joseph Kabila. Vous ne pouvez pas parler de la République démocratique du Congo, sans évoquer Mugabe. Je pense que son rôle a été non seulement historique, mais surtout crucial, dans l’histoire de notre région, dans l’histoire de la République démocratique du Congo, surtout pendant la période durant laquelle nous avons eu des problèmes, et nous avons résisté à l’occupation. »
Un moment très embarrassant a eu lieu lorsque le président sud-africain Cyril Ramaphosa qui s’est fait siffler alors qu’il tentait de rendre hommage à l’ex-président Mugabe. Les Zimbabwéens sont en colère en raison des incidents xénophobes qui ont éclaté ces dernières semaines en Afrique du Sud et qui ont touché de nombreux ressortissants zimbabwéens. L’incident a bien duré dix minutes et le président a du s’excuser au nom de son pays.
« Je me tiens devant vous en tant que frère africain pour exprimer mes regrets et vous présenter toutes mes excuses pour ce qu’il s’est passé dans mon pays, a déclaré Cyril Ramaphosa. Ce qui est arrivé en Afrique du Sud va à l’encontre de l’idéal d’une unité du peuple africain pour lequel se sont battus Robert Mugabe, Nelson Mandela et tous les grands leaders de notre continent. Je suis devant vous, mes frères zimbabwéens, mes frères africains, pour vous dire que nous faisons tout ce que nous pouvons pour encourager le peuple sud-africain à accepter et accueillir les Africains de tout le continent ».
A la fin de la cérémonie, le président sud-africain a rapidement quitté le stade dans un véhicule venu le chercher au pied de la tribune.
Mausolée au Champ des héros
Après la fin des hommages, la foule attendait de pouvoir s’incliner devant la dépouille tandis que l’armée effectuait des tirs en hommage à Robert Mugabe. Après la cérémonie, la dépouille de Robert Mugabe devait être transportée jusqu’à son vilage natal, à une centaine de kilomètres de la capitale, afin que les habitants de la région puissent lui rendre un dernier hommage. Puis aura lieu l'inhumation solennelle, dans un mois, à l'issue de la construction du mausolée qui accuillera la dépouille de Robert Mugabe.
« Nous allons construire un mausolée tout en haut de la colline du "Champ des héros" pour accueillir le père fondateur », a annoncé le 13 septembre le président Emmerson Mnangagwa. Le Champ des héros accueille plus d'une centaine de combattants de l'indépendance du Zimbabwe.
La famille de Robert Mugabe qui souhaitait que le défunt soit enterré en privé dans son village natal a finalement cédé à l’insistance du gouvernement. Les obsèques sont prévues dans trente jours le temps de construire le monument.
Les Zimbabwéens sont divisés
Dans les gradins, plusieurs dizaines de milliers de personnes, des militants de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, nostalgiques de l’époque Mugabe. « Il a rendu ce pays indépendant, permis à tout le monde d’aller à l’école, estimait l’un d’entre eux. Il nous a donné de la terre, et aujourd’hui tout le monde peut travailler librement grâce à lui. C’est ça son héritage : la liberté, l’unité et pouvoir diriger notre pays. »
« Je me rappelle de l’indépendance, c’est ce qui nous est arrivé de mieux à nous Africains, soulignait un autre. Il nous a appris beaucoup de chose, être indépendant, être égaux et être fier d’être noir. Tout cela. »
Des louanges loin d’être partagées par tous les Zimbabwéens, accaparés par leur survie quotidiennes. « Avec quel argent vais-je payer mon transport pour aller jusqu’au stade ? » déclarait ce matin un vendeur de rue. « Oui c’était un grand homme, ajoute-t-il. Regardez l’état de notre pays ».
Alors héros national ou tyran qui a ruiné son pays ? les Zimbabwéens sont partagés, comme en témoignent ces habitants de la capitale -politiquement favorable à l'opposition- que notre envoyée spéciale a rencontrés.
«Je suis en deuil, pour mes frères et sœur qui ont été élevés sous Robert Mugabe, témoigne un étudiant en médecine. Et qui après avoir fait leur étude n’ont jamais pu obtenir un travail dans leur domaine. C’est pour eux que je suis en deuil. Pas pour ce vieil homme qui a volé le futur de toute une génération... Pour cette employée par contre, il mérite d’être enterré au Champ des héros. Il faut regarder ce qu’il a accompli de positif. Personne n’est parfait, mais moi je préfère regarder le bon côté
Les Zimbabwéens et les adieux à Robert Muqabe
 Alexandra Brangeon
Par RFI