Hongkong: des milliers de manifestants dans les rues malgré l’interdiction, heurts avec la police

Des manifestants antigouvernementaux sont assis par terre devant les barrières de sécurité lors d’une manifestation à l’aéroport de Hongkong, en Chine, le 13 août 2019.
Avant de battre en retraite devant les policiers anti-émeutes, certains manifestants avaient monté des
barricades, allumé des feux et vandalisé des stations de métro, évitant toutefois l’affrontement direct.
Alors que la police avait interdit toute manifestation, des dizaines de milliers de personnes sont sorties dans les rues de Hongkong, dimanche 15 septembre. Les manifestants se sont répandus dans les artères allant de Causeway Bay à Central, les quartiers du centre de l’île de Hongkong.
Et, dans un spectacle devenu très courant en plus de trois mois de contestation, le rassemblement a dégénéré en violences entre policiers et groupuscules radicaux qui tentaient de s’en prendre au complexe abritant le siège de l’exécutif. Les forces de l’ordre ont tiré de nombreuses grenades lacrymogènes et les canons à eau ont projeté leur liquide coloré en bleu sur les manifestants qui avaient lancé des pierres et des cocktails Molotov par-dessus les barrières érigées autour du complexe gouvernemental.


Des images des télévisions locales ont montré des manifestants qui déchiraient et brûlaient une banderole célébrant le prochain 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste. Un drapeau chinois a également été incendié.
Avant de battre en retraite devant les policiers anti-émeutes, certains manifestants avaient monté des barricades, allumé des feux et vandalisé des stations de métro, évitant toutefois l’affrontement direct.

Demande de soutien de Londres

Quelques heures plus tôt, des centaines de manifestants s’étaient rassemblés aux abords du consulat de Grande-Bretagne pour demander plus de soutien à Londres. Au milieu des parapluies chamarrés, symboles de la contestation hongkongaise, se mêlaient des drapeaux britanniques. L’hymne britannique aux lèvres, la foule accusait le Royaume-Uni de ne pas suffisamment demander de comptes à Pékin.
« Je suis plutôt déçu du fait que la Grande-Bretagne n’ait rien fait pour nous soutenir », a confié Alex Leung, un manifestant. Certaines personnes brandissaient des pancartes reprochant la frilosité de Londres dans ce dossier brûlant sur lesquelles on pouvait lire : « La Déclaration commune sino-britannique est NULLE. »

A Hongkong, des manifestants tiennent un immense drapeau britannique devant le consulat britannique, dimanche 15 septembre.
A Hongkong, des manifestants tiennent un immense drapeau britannique devant le consulat britannique, dimanche 15 septembre. Vincent Yu / AP
Plusieurs manifestants demandaient la possibilité pour les Hongkongais d’obtenir la nationalité britannique ou d’un autre pays du Commonwealth.

Des centaines de milliers de Hongkongais ont obtenu avant ou après la rétrocession un passeport particulier émis par Londres et réservé aux « citoyens britanniques de l’étranger » (British National Overseas, BNO), un titre qui facilite les entrées en Grande-Bretagne mais ne donne aucun droit de travail ou de résidence. « Au moins, avec la citoyenneté pleine et entière, ils pourraient protéger les Hongkongais face au gouvernement chinois », a déclaré Anthony Chau, un manifestant titulaire d’un passeport BNO. Environ 130 parlementaires britanniques ont signé cette semaine une lettre ouverte appelant la Grande-Bretagne et les pays du Commonwealth à accueillir les Hongkongais qui souhaiteraient émigrer.

« Un pays, deux systèmes »

Hongkong traverse depuis juin sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions et manifestations quasi quotidiennes pour demander des réformes démocratiques et dénoncer une riposte policière jugée brutale par les contestataires.
Conformément à la Déclaration sino-britannique de 1984, qui avait présidé à la rétrocession, Hongkong est une région semi-autonome dirigée sous le principe « Un pays, deux systèmes », et jouit à ce titre de libertés inconnues dans le reste de la Chine, et ce, jusqu’en 2047.
Mais les militants prodémocratie accusent Pékin de s’asseoir sur ses promesses en augmentant son emprise politique sur le petit territoire et en refusant de lui accorder un véritable suffrage universel. La crise est née en juin du rejet d’un projet de loi hongkongais, désormais enterré, qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine continentale.
Par Le Monde avec AFP