Jacques Chirac, de Sciences Po à l’Ena, itinéraire d’un étudiant à l’incroyable destinée

Peu tenté à l’idée d’intégrer l’école Polytechnique, Jacques Chirac abandonne finalement la prépa avant les concours.
Jacques Chirac est décédé ce 26 septembre 2019. Retour sur le brillant parcours scolaire de
l’ancien président de la République française, qui a fait la majeure partie de ses études secondaires et supérieures, à Paris.
Jacques Chirac, président de la République de 1995 à 2007, est décédé ce vendredi 26 septembre 2019. L’ancien chef de l’État, qui a gravi un à un les échelons jusqu’à prendre la tête du pays, était au départ un élève comme les autres, que rien ne prédestinait à un tel avenir. Malgré sa naissance à Paris, le jeune Jacques Chirac commence sa scolarité en Corrèze, à l’école communale de Sainte-Féréole. Ses deux grands-pères, anciens instituteurs et directeurs d’écoles ainsi que ses parents, Marie-Louise Valette et Abel Chirac, employé de banque, le poussent à avoir de bons résultats à l’école. Rapidement, il reprend la direction de la capitale, où son père est nommé directeur de la banque nationale pour le commerce et l’industrie (BNCI).
Du lycée Hoche à Louis-le-Grand: objectif Polytechnique
Arrivé en région parisienne, Jacques Chirac intègre le lycée Hoche, à Versailles, pendant un an. Puis, il entre au cours Hattemer, un établissement privé laïc français, situé dans le 8e arrondissement de Paris. Après un passage au lycée Carnot, le jeune corrézien atterrit à Louis-le-Grand, où il obtient son bac en section «mathématiques élémentaires» avec la mention bien. «À cette période, Jacques Chirac se cherche encore, il ne sait pas encore ce qu’il veut faire de sa vie, raconte Philippe Goulliaud, journaliste politique et auteur de plusieurs livres sur les présidents français. Son père, qui est très strict, le pousse à faire une prépa scientifique pour intégrer Polytechnique.»
Rebelle, le jeune homme décide un jour de prendre un bateau, au Havre, et devient matelot. Mais cette petite parenthèse ne dure pas longtemps. Au bout de trois mois, son père lui demande de revenir pour continuer ses études. Il s’inscrit alors en prépa scientifique et commence sa première année à Louis-le-Grand.
Il lâche la prépa avant les concours pour filer à Sciences Po
Peu tenté à l’idée d’intégrer l’école Polytechnique, Jacques Chirac abandonne finalement la prépa avant les concours et s’inscrit à l’Institut d’études politiques de Paris. «À cette époque, c’est un jeune homme un peu marginal, il fréquente les galeries d’art, lit de la poésie. Sciences Po, c’est le choix du cœur. D’ailleurs, son père n’est pas du tout satisfait par cette orientation», explique Philippe Goulliaud.
C’est à Sciences Po que Jacques Chirac se découvre une âme de chef. «Il anime des petits groupes de travail, plusieurs jeunes se retrouvent autour de lui. Ils sont tous brillants et réfléchissent à différents sujets. Beaucoup de choses s’organisent autour de sa personne», retrace Philippe Goulliaud. À cette période, il milite pour le Parti communiste et signe même l’appel de Stockholm contre la prolifération des armes nucléaires. «Il a du panache et du charisme, un physique avantageux et beaucoup d’ambition», raconte le journaliste Erwan L’Éléouet dans son livre «Bernadette Chirac, les secrets d’une conquête» (éditeur).
C’est d’ailleurs à Sciences Po que le jeune homme rencontre Bernadette Chirac, qui deviendra sa femme quelques années plus tard. «Très vite, Bernadette s’entiche de lui. «Au début, elle n’est pas au premier plan, il est entouré d’autres jeunes femmes, et Bernadette va faire en sorte de pénétrer son cercle d’amies, pour réussir à le conquérir. Mais ce n’était pas évident. Bernadette est tombée amoureuse beaucoup plus rapidement, pour Jacques Chirac, cela a pris plus de temps», raconte Arnaud Ardoin, auteur de «Président, la nuit vient de tomber», dans une interview donnée à Emile Magazine.
«À l’Ena, il a commencé à vraiment travailler»
Il termine son cursus à Sciences Po Paris en soutenant un mémoire de géographie économique et obtient la mention bien. Il part alors pour une virée aux États-Unis, un pays qu’il adore ,et dans lequel il se rend régulièrement. C’est à ce moment-là qu’il reçoit un télégramme de son père: «Reçu aux écrits de l’École nationale d’administration (Ena). Stop. Prière de rentrer en France pour passer l’oral. Stop.»
Lors des oraux, Jacques Chirac se distingue. «On se réfère souvent à la philosophie d’un médecin de l’antiquité, vous voyez de qui je parle?», le questionne un jury. «Oui, vous parlez d’Hypocrite», lui répond Jacques Chirac. Malgré cette petite anicroche, il est reçu et entre à l’Ena, après avoir passé son service militaire. «C’est à cette période qu’il commence vraiment à travailler dur. Il sait qu’il veut faire carrière dans la haute fonction publique, qu’il veut commander. Il se donne les moyens de réussir», explique Philippe Goulliaud.
À l’Ena, il trouve l’atmosphère étouffante: la compétition est si féroce que certains de ses camarades arrachent même les pages des livres à la bibliothèque pour ne pas que les autres les trouvent, raconte-t-il dans ses mémoires. Il travaille dur et sort de l’Ena au 16ème rang de sa promotion (Vauban). Une place qui lui donne accès à la Cour des comptes. La suite, tout le monde la connaît...
Wally Bordas
Le figaro.fr