La banqueroute de Thomas Cook plombe le tourisme en Tunisie

Des clients du voyagiste Thomas Cook à l’aéroport de Tunis, le 23 septembre 2019. 
La banqueroute subite de l’un des plus importants tour-opérateurs a bloqué près de 600 000 touristes
dans le monde, dont 10 000 en Tunisie.
« Pour certains hôtels, c’est pire qu’après les attentats de 2015 », lâche Mouna Ben Halima, membre du bureau exécutif de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), après la mise en faillite du voyagiste britannique Thomas Cook, lundi 23 septembre. « Il y a 220 000 clients dont la consommation n’a pas été payée », poursuit-elle au terme d’une réunion de crise, mardi, avec le ministère du tourisme et l’ambassadrice du Royaume-Uni en Tunisie, Louise de Sousa.
La banqueroute subite de l’un des plus importants tour-opérateurs a bloqué près de 600 000 touristes dans le monde, dont 10 000 en Tunisie. Si la plupart des 4 500 vacanciers britanniques ont été rapatriés lundi pour la plupart, les clients belges, néerlandais et français sont toujours dans l’attente des répercussions sur leur séjour.

Certains sont arrivés en Tunisie la veille de la mise en faillite et ignorent encore s’ils peuvent poursuivre leurs vacances. William Pritchard et sa femme, Brigita, originaires de Manchester, ont posé leurs bagages à l’hôtel Sentido le Sultan, à Hammamet, dimanche soir. « Nous avions entendu les informations sur une possible faillite, mais le tour-opérateur nous a dit que nous perdrions tout notre argent si nous ne partions pas. Nous sommes donc venus, mais nous ne savons pas si nous allons pouvoir repartir ou si notre séjour est pris en charge », déclare William Pritchard, appuyé sur une canne. « J’ai des soucis de santé et je prends des pilules au quotidien, je ne peux pas me permettre de rester coincé en Tunisie. J’en veux beaucoup au gouvernement britannique de ne pas avoir aidé Thomas Cook », ajoute-t-il.
Mardi, l’ambassadrice Louise de Sousa a assuré les hôteliers que les séjours entamés depuis la faillite seraient pris en charge. Les plus touchés sont les établissements tunisiens des villes balnéaires de Hammamet et Djerba, auprès desquels Thomas Cook a une ardoise de créances de 190 millions de dinars (59 millions d’euros), selon le ministère du tourisme. La FTH est en négociation pour être exonérée de la TVA prélevée sur les factures impayées à la fin du mois. Elle envisage aussi une « class action » au Royaume-Uni.

« Le modèle montre ses limites »

Mais certains hôtels risquent de ne pas se relever de cette nouvelle crise, quatre ans après les attentats au musée du Bardo, à Tunis, et dans un hôtel de Sousse, qui avaient ébranlé le tourisme en Tunisie, un secteur qui emploie plus de 400 000 personnes. Moez Driss, gérant du Mirage Beach Club à Hammamet, voit depuis dimanche son hôtel se vider, impuissant. Près de 75 % de la clientèle de cet ancien Club Med vient de Thomas Cook. « Nous avions fait une bonne saison et nous avions des réservations jusqu’à octobre, raconte-t-il. Là c’est fini et nous n’avons pas été payés depuis juillet. »

Pour certains hôteliers en difficulté, cette crise pourrait être l’occasion d’une remise en question du secteur. Et un accélérateur pour mettre en place l’Open Sky en Tunisie. Cette libéralisation du ciel, dont le pays parle depuis plus de vingt ans, est censée ouvrir les couloirs aériens à toutes les compagnies européennes. « Le modèle économique du tourisme basé sur les tour-opérateurs est en train de montrer ses limites, on doit donc absolument aller vers l’Open Sky avec l’Union européenne, afin de permettre à cette clientèle de venir autrement en Tunisie dans les prochaines années », souligne Mehdi Allani, PDG du Sentido le Sultan.
Du côté du ministère du tourisme, les accords seraient prêts mais demeurent tributaires du Brexit. Les parties prenantes veulent savoir si le Royaume-Uni sera inclus ou non dans le dispositif. En attendant, « nous avons paraphé les documents, le gouvernement tunisien a donné son accord et j’ai reçu des compagnies aériennes qui travaillent en Open Sky – nous préparons le terrain », assure René Trabelsi, ministre du tourisme et de l’artisanat.