La Chine s’inquiète de la faiblesse de la croissance

Le premier ministre chinois, Li Keqiang, à Pékin, le 10 septembre. 
Les statistiques témoignent d’un essoufflement de l’économie. Les autorités admettent que
« maintenir une croissance de 6 % ou plus est très difficile ».
Le vice-ministre chinois des finances, Liao Min doit se rendre, mercredi 18 septembre, aux Etats-Unis afin de préparer la reprise des négociations commerciales entre Pékin et Washington prévue en octobre. Les Chinois sont clairement sous pression. Pékin a beau se préparer – jour et nuit – pour les cérémonies du 1er octobre marquant le 70e anniversaire de l’arrivée des communistes au pouvoir, l’ambiance y est morose. Lundi, le premier ministre, Li Keqiang, en déplacement a Moscou, a reconnu que « pour la Chine, maintenir une croissance de 6 % ou plus [était] très difficile dans le contexte actuel d’une situation internationale compliquée ».

Or les autorités chinoises prévoient officiellement une croissance « comprise entre 6 % et 6,5 % » cette année. Celle-ci s’est élevée à 6,3 % au premier semestre, sur un an. Li Keqiang parle de « stabilité », mais la décélération de la croissance semble patente. Le même jour
a été publié un indice décevant : la croissance de la production industrielle est tombée à 4,4 % sur un an, son plus bas niveau depuis 2002. Si la consommation des ménages tient à peu près bon, elle est malgré tout en léger recul : 7,5 % contre 7,6 % en août. Non seulement ces chiffres ne sont pas satisfaisants, mais ils sont sujets à caution.
En août, les ventes de voitures ont chuté de 9,9 % par rapport à août 2018. Sur les quinze derniers mois, cet indice a baissé quatorze fois. Depuis juillet, même les véhicules électriques piquent du nez, en raison d’une politique de subventions moins accommodante. Après une baisse de 4,7 % des ventes en juillet, celles-ci ont chuté de 16 % en août. Un porte-parole du Bureau des statistiques le reconnaît : « Nous devons avoir à l’esprit que l’instabilité et les incertitudes au niveau international sont de plus en plus importantes. »

Mesures de soutien à l’économie

La Chine, qui a déjà levé le voile sur des mesures de soutien à son économie à l’automne 2018, annonce régulièrement de nouveaux dispositifs. Lundi, la Banque centrale a ainsi réduit son taux de réserves obligatoires, afin que les banques accordent davantage de crédits aux entreprises privées. Cela revient théoriquement à injecter environ 900 milliards de yuans (environ 115 milliards d’euros) dans l’économie, mais, jusqu’à présent, ces mesures n’ont pas incité les établissements bancaires à prendre davantage de risques.

Le ralentissement structurel de la croissance est accentué par la guerre commerciale avec les Etats-Unis. En août, les exportations ont baissé de 1 % sur un an, et les importations, de 5,6 %. La stabilité des prix est par ailleurs trompeuse. L’inflation reste certes inchangée à 2,8 %, mais cet indice masque de fortes disparités. L’indice des prix à la production de biens industriels est négatif (- 0,8 % sur un an) ; en revanche, les prix du porc ont bondi de 46 % sur un an, du fait de l’épidémie de peste porcine, mais aussi des tensions avec Washington.
Etant donné l’importance du porc dans la consommation des ménages, le sujet est explosif. D’où l’annonce par Pékin, le 13 septembre, de la suppression des droits de douane sur le porc importé des Etats-Unis. Manifestement, pour la Chine, une trêve dans la guerre commerciale serait plus que la bienvenue.