Législatives en Israël: Benyamin Netanyahu, crépuscule ou rebond?

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu au Tombeau des patriarches à Hébron le 4 septembre 2019. 
Cela fait dix ans que Benyamin Netanyhu est au pouvoir en Israël, en plus d’un premier mandat dans
les années 1990. « Bibi » comme le surnomment les Israéliens va-t-il se relancer ou échouer lors de ces élections législatives sur lequelles plane l’ombre des affaires dans lesquelles il est soupçonné ?
De notre envoyé spécial à Jérusalem,
Pour mesurer la ferveur des partisans de Benyamin Netanyahu, il suffit de pousser la porte de ce café de Bat Yam, au sud de Tel Aviv et de prononcer le nom du Premier ministre israélien. Aussitôt les quelques client présents se mettent à scander bruyamment « Bibi ! Bibi ! » en tapant dans les mains. « Ici tout le monde est Likoud, nous explique-t-on, vu la situation du pays aujourd'hui, il faut quelqu'un comme Bibi, il a de l'expérience, il sait résoudre les problèmes et si on lui en donne la force, il résoudra aussi le problème de Gaza ».
Et ces affaires de corruption, fraude et malversation pour lesquelles le Premier ministre a rendez-vous avec la justice israélienne pour une audience le mois prochain ? « Pour moi, il peut vivre comme un roi, lance l’un de ses admirateurs, qu'il fume des cigares ! Qu'il boive du champagne ! C’est son droit. Un roi doit vivre comme un roi. Mais s'il est corrompu, alors la justice décidera ». Les cigares et le champagne font partie des cadeaux que le couple Netanyahou aurait reçus de la part de plusieurs hommes d’affaires dans l’un des dossiers ouverts par la justice israélienne.
Loi d’immunité
Ce que redoutent et ce que dénoncent les adversaires de Benyamin Netanyahu, c’est qu’une victoire électorale lui permette de faire passer une loi d’immunité. « C’est incroyable et très dangereux », s’alarme Dan Meridor qui fut pourtant vice-Premier ministre et ministre du Renseignement jusqu’en 2013 dans un gouvernement Netanyahu. Dans ce cas « ce n’est plus la démocratie israélienne », déplore cet ancien du Likoud, qui se dit attaché à « l’égalité devant la loi. Si on peut bloquer ça, alors Israël sera différent ». Pour Dan Meridor, qui fut aussi ministre de la Justice, c’est l’enjeu de l’élection de ce mardi. Et il ne votera pas pour Benyamin Netanyahu.
Netanyahu et Trump
Benyamin Netanyahu a été omniprésent dans les derniers jours de la campagne. Avec notamment la promesse d’annexer les colonies de la Vallée du Jourdain s’il reste à son poste après les élections. Un geste demandé depuis longtemps par la droite nationaliste et religieuse qui voudrait continuer à gouverner aux côtés de Benyamin Netanyahu.
Ce dernier apparaît aux côté de Donald Trump sur d’immenses affiches de la campagne électorale. Le Premier ministre sortant revendique sa proximité avec le président américain qui a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, qui a reconnu la souveraineté d’Israël sur le Golan et qui est sorti de l’accord sur le nucléaire iranien. « Ce que Benyamin Netanyahu veut dire aux Israéliens c’est que tout cela est arrivé grâce à lui et que personne d’autre ne pourrait avoir une telle relation avec le Président Trump, décrypte le politologue israélien Emmanuel Navon qui voit là une arme à double tranchant. N’oublions pas que tout ce qui intéresse Trump c’est Trump, et que si demain il estime qu’il est dans son intérêt d’avoir un accord avec l’Iran il le fera. D’ailleurs on l’a vu récemment lorsque Trump a dit qu’il était prêt à discuter avec le président iranien ou lorsqu’il a limogé son conseiller à la sécurité nationale John Bolton, qui avait la position la plus dure sur la question de l’Iran ».
En attendant, Donald Trump a offert un coup de pouce en forme de tweet à Benyamin Netanyahu, en évoquant samedi un possible « traité de défense mutuelle » entre les deux pays.
Fiasco à Ashdod
Parmi les images fortes que les Israéliens retiennent de cette campagne électorale, il y a celle de leur Premier ministre évacué précipitamment d’un meeting à Ashdod pour cause de tir de roquette en provenance de Gaza. Il faudra attendre le résultat du scrutin et probablement des tractations de formation d’une coalition pour savoir si ces images annonçaient symboliquement la fin de l’ère Netanyahu.
Nicolas Falez
Par RFI