Nigeria: le naira désormais soutenu par un flux inquiétant de capitaux extérieurs à court terme

La stabilité du naira, la monnaie ayant cours légal au Nigeria, repose désormais sur un nouveau pilier qui est
de nature à inquiéter. Il s'agit des flux de capitaux extérieurs à court terme. Face à la baisse des prix du pétrole, la principale source de devises et de recettes budgétaires du pays, et face à la difficulté de réduire significativement les importations, une des alternatives de la Banque centrale a été d'ouvrir le marché local des titres publics à moins de 12 mois (monétaire) à des investisseurs étrangers.
Dans ce contexte, le pays a reçu près de 9,3 milliards $ d'investissement en capitaux étrangers sur ces types de produits financiers. Cette arrivée massive de capitaux apporte plusieurs solutions, en ce qu'elle permet de financer le gouvernement, et surtout de réduire le déficit de la balance des paiements avec l'extérieur, et donc la pression sur le naira. Mais cette stratégie a un coût, car pour attirer les investisseurs étrangers, la banque est contrainte d'offrir des rendements et donc des taux élevés à ces investisseurs.
L'inquiétude d'une telle situation vient de trois faits. D’abord, l'objectif de soutenir la monnaie locale ne semble pas forcément bien marcher. Sur le marché international des devises, la valeur du naira affiche une baisse de 17% sur le dollar américain depuis le début de l'année 2019, contre un gain de 0,2% sur la même période en 2018, selon des données mobilisées par l'Agence Ecofin.
Ensuite, la pression sur la balance des paiements risque de se poursuivre, tout au moins sur le moyen terme. « Nous ne prévoyons pas que l’excédent du compte courant redevienne une source de financement extérieur en raison des investissements toujours faibles dans le secteur pétrolier, qui se sont traduits par une baisse importante de la production de pétrole au cours des dernières années », expliquent des experts de l'Institute of International Finance, une organisation basée à Washington et qui analyse les flux de capitaux dans le monde.
Le troisième fait, c'est que le gouvernement ne peut pas compter pleinement sur les banques locales pour financer ses projets. Elles font déjà face à une forte concentration de leurs risques dans le secteur pétrolier aval, qui a contribué à gonfler l'encours des créances douteuses. Bien qu'en baisse, celles-ci représentent encore 9,5% du total des prêts, largement au-dessus du niveau règlementaire de 5%.
Par ailleurs, la Banque centrale du Nigeria adopte une politique orientant les banques vers plus de financement dans le difficile secteur productif.
 Idriss Linge
Par Agence Ecofin