Au Canada, le populisme a son candidat

Maxime Bernier entend renouer avec « de vraies valeurs conservatrices ». Ici, le 4 septembre 2019.
Maxime Bernier, fondateur du Parti populaire du Canada, compte bien bousculer les élections
fédérales le 21 octobre. Avec une seule arme : l’outrance.
Il a la mèche plus sage que son illustre voisin américain, mais s’évertue à avoir le verbe aussi tapageur. À Donald Trump, il a emprunté un de ses slogans de campagne, « Canadians first, Canada first », et joue de la gâchette aussi facilement que lui sur Twitter. À quelques semaines des élections fédérales (21 octobre) qui verront le premier ministre Justin Trudeau affronter les conservateurs, le populiste Maxime Bernier n’a « d’autre plan de match », selon le politologue Pierre-Olivier Pineau, que de multiplier les polémiques pour se faire une place parmi les « grands ».

Son modèle : Donald Trump

Une stratégie payante puisque « Mad Max », comme on le surnomme ici, a été réintégré dans les deux derniers débats des « chefs » qui auront lieu les 7 et 10 octobre. Et qu’importe si ses électeurs restent pour l’instant tapis dans les bas-fonds des sondages, le quinquagénaire est convaincu d’incarner la seule alternative face au « pareil au même » que représente le couple libéraux/conservateurs.
Il met d’autant plus de vigueur à provoquer « le bazar » qu’il a la foi du converti : contrairement à Donald Trump, météorite s’abattant sur le camp républicain aux États-Unis, l’ancien homme d’affaires a longtemps été un pilier du Parti conservateur. Ministre de l’industrie puis des affaires étrangères dans le gouvernement de Stephen Harper (2006 et 2010), il a échoué à prendre la tête du parti en 2017. Vaincu au 13e tour de scrutin (!), il claque la porte. Et fonde un an plus tard, le Parti populaire du Canada, en promettant de renouer avec les « vraies idées conservatrices ».
Maxime Bernier livre une guérilla incessante contre la « secte alarmiste climatique ». Rien ne l’arrête, ni les pseudo-infos trouvées dans les tréfonds du Web se gaussant du « canular du réchauffement », ni les insultes. La jeune Suédoise Greta Thunberg est l’une de ses cibles favorites. « @GretaThunberg est clairement mentalement instable. Autiste mais aussi obsessive-compulsive, trouble alimentation, dépression, léthargie (…) elle vit dans une peur constante et veut nous la communiquer », a-t-il tweeté début septembre.
Face aux protestations, il finira par s’excuser sans reculer pour autant, mettant dans le même sac (de plastique), « Sainte Greta qui veut nous faire paniquer », « l’ONU (qui) se sert des mensonges alarmistes pour imposer son idéologie socialiste et mondialiste » et tous les partis du pays « qui tuent notre industrie gazière et pétrolière ». Promettant de sortir de l’accord de Paris, il joue sa carte dans un pays nettement fracturé entre l’ouest pétrolifère et l’est acquis à la cause environnementale.

L’immigration, principal cheval de bataille

Autre cheval de bataille pour celui qui a lancé sa campagne sous la bannière du « populisme intelligent » (sic), le multiculturalisme qualifié « d’extrême » du premier ministre Justin Trudeau. Dans une nation qui se félicite globalement d’avoir franchi le record de 321 000 nouveaux migrants accueillis l’an dernier, Maxime Bernier s’est vu offrir par un groupe d’intérêt privé, dirigé par le chef d’une industrie minière de Toronto, des affiches XXL plantées au bord des autoroutes menant à Toronto, Halifax, Vancouver ou Québec, avec sa photo aux côtés du slogan : « Dites NON à l’immigration de masse ».
Alarmée par le tollé sur les réseaux sociaux, la compagnie publicitaire a finalement retiré les panneaux. Mais la séquence affichage/démontage lui a permis de faire le buzz au creux de l’été. Cette campagne anti-immigrés connaît des ratés quand le candidat se fait prendre en photo lors d’une réunion publique aux côtés de membres d’un groupe ultranationaliste et antimusulmans.
C’est un « idéologue libertarien enragé », un néo-libéral puissance 100 « rêvant de liquider l’héritage de l’État-providence », André Lamoureux, politologue
Elle heurte une grande partie des Canadiens, plutôt fiers de l’attitude de Justin Trudeau qui a ouvert les bras dès 2015 à plus de 25 000 réfugiés syriens (et qui promet en cas de réélection d’augmenter encore le nombre de migrants).
Mais elle trouve aussi quelque écho : le flux continu de réfugiés illégaux passant la frontière américano-canadienne exaspère une partie de la population, inquiète pour l’identité canadienne et la santé des finances publiques. L’engagement de Bernier : diviser au moins par deux le nombre de nouveaux arrivants.
Dans un pays où la tempérance est érigée en vertu patriotique, il prend le contre-pied, puisant ses idées là où les conservateurs n’osent s’aventurer. Loin, très loin à droite, dans un mélange de conspiratio-libéralo-xénophobie aussi digeste qu’une poutine (plat typique composé de frites, de sauce brune et de fromage) locale. « Idéologue libertarien enragé », estime André Lamoureux, politologue à l’université de Montréal, il est en matière économique un néo-libéral puissance 100 « rêvant de liquider l’héritage de l’État-providence ».
Il y a quelques mois, il confiait à la presse locale avoir fait un rêve : « J’aimerais bien être le Macron canadien. » Sous-entendu, celui que personne ne voit arriver et qui rafle tout sur son passage. À quelques semaines du scrutin, « Max la Menace » n’inquiète pour l’instant pas grand monde, malgré tout le tintamarre qu’il provoque.
Par Le Monde