Grand dialogue national: le match des défections

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La 2ème journée des assises du Grand dialogue national est marquée par la défection des Hommes
politiques. C'est depuis hier nuit (lundi, 30 septembre 2019) que le ton a été donné par Akere Tabeng Muna. Le coordonnateur national du mouvement "Now", par ailleurs président national du Mp3, est le premier leader politique à claquer la porte après avoir posé un préalable majeur lié à l'exigence de la libération des prisonniers politiques de la crise anglophone et ceux de la crise socio-sécuritaire. Toute chose récusée et réfutée par le Premier ministre, Dion Ngute. Le chef du gouvernement n'a donc pas accédé à la préoccupation formulée par l'avocat international, qui s'est décidé à ne plus jamais revenir sur le site du palais des congrès de Yaoundé.
Alors que l'annonce des travaux en commission est faite ce matin (mardi, 1er octobre 2019), une femme politique fait savoir à l'opinion publique nationale et internationale que l'Alliance des forces progressiste (Afp) ne participera pas au déroulement des travaux en commission. Alice Sadio, présidente nationale de l'Afp, emboîte le pas à Akere Muna et s'indigne de la méthode de travail du Premier ministre relative à la constitution desdites commissions. Pour cette femme politique, à qui l'offre des consultations à la primature a été refusée manifestement pour des raisons inavouées, "les commissions et les thématiques sont créées à l'avance suivant l'orientation unilatérale du Chef de l’État, président national du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), et dont l'appréciation de la crise est en déphasage avec la réalité sur le terrain". Au-delà de cet acte de dénonciation, la secrétaire générale de la Plateforme pour la nouvelle république décrie, dans la même veine, le fait que les présidents, vice-présidents, rapporteurs, personnes-ressources et membres soient, à l'avance, choisis et affectés sans aucune concertation préalable.
Cette méthodologie biaisée et galvaudée de la constitution unidirectionnelle des commissions vient d'être aussi dénoncée par Célestin Bedzigui. Dans un post qu'il a commis en début de soirée, le Président national du Parti de l'alliance libérale (Pal) constate, comme A. Sadio, que Dion Ngute "a choisi, de manière unilatérale et sans l'avis des participants aux premiers jours des travaux, de:
---- nommer son bureau du Grand dialogue national;
---- décider de ceux qui devaient prendre la parole, une dizaine de personnes au total sur les 400 participants pendant une séance de débat général de moins de 3 heures pour des travaux prévus pour durer;
---- imposer la création de commission et d'en définir les sujets;
---- de nommer les membres de ces commissions, en l'occurrence les présidents, les vice-présidents, les rapporteurs et les personnes-ressources". A cause de cet état de choses, Bedzigui, frustré, libère le plancher de la colline de Nkol Nyada. De manière globale, les commissions sont structurées avec une sur-représentation des membres du Rdpc(membres du gouvernement, anciens membres du gouvernement, élus locaux, chefs traditionnels, universitaires inféodés à l'idéologie politique du système gouvernant en place).
Le fait, par exemple, que les personnes-ressources se recrutent parmi les membres du gouvernement incline à questionner le statut de personne-ressource au Cameroun. Les ministres de Paul Biya sont-ils les seules personnes-ressources du pays? Sur la base de quels référentiels et de quelle critériologie sont-ils désignés seuls comme interlocuteurs privilégiés ou comme individus ayant la qualification de personnes compétentes des commissions? Sur la simple base d'être ministre de la République? C'est questionnable et récusable! Parallèlement, d'aucuns peuvent se réjouir de ce que cinq personnalités originaires du Nord-Ouest et du Sud-Ouest soient chefs de file d'une commission. Mais en réalité, qui sont-elles? En dehors de Joshua Osih, premier vice-président national du Sdf, et du cardinal honoraire Christian Tumi, trois autres commissions sont tenues par Dorothy Njeuma, ancienne membre du gouvernement, ancien Recteur d'université aujourd'hui membre du conseil électoral d'Elections cameroon, Ngolle Philip Ngwese. Christopher Fomunyoh, qui a été érigé à la tête de la commission de la reconstruction et du développement des régions touchées par le conflit, n'est même au Cameroun, mais est parachuté au sommet de cette commission. Bien que cet erratum soit rectifié par le porte-parole du grand dialogue national au cours d'une conférence de presse cet après-midi, le fait de hisser tel ou tel à la tête d'une commission sans le consulter préalablement et sans même savoir s'il est arrivé au Cameroun pour assister à ces assises est une entorse à la méthode de constitution desdites commissions.
Le seul leader politique n'ayant pas, pour le moment, annoncé les raisons de sa défection, c'est Jean Jacques Ekindi, président national du Mouvement progressiste (Mp). Le "chasseur du lion", qui a quitté la salle du palais des congrès, rentre à Douala, où il donnera, ce mercredi, 2 octobre 2019, une conférence de presse. Question d'en donner plus d'amples explications à l'opinion publique. En ce moment, certains membres des commissions, ulcérés par la méthode de travail, menacent de lâcher du lest et de quitter la salle des travaux. C'est le cas de Félix Nkongho Agbor Balla, avocat au barreau du Cameroun,un des leaders de la crise anglophone arrêté dès l'entame du problème socio-sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et libéré un an après son interpellation suite à l'arrêt des poursuites judiciaires née d'un décret présidentiel. Il n'est pas exclu que d'autres cas de défection soient signalés avant la fin des assises du Grand dialogue national.
Le Don King
Mot à wou à wou!