Donald Trump promulgue une loi prodémocratie soutenant les manifestants de Hongkong

Des manifestants prodémocratie brandissent le drapeau américain dans le centre de Hongkong, le 15 novembre.
Cette législation, qui menace de suspendre le statut économique spécial de l’ex-colonie britannique, a
été qualifiée d’« abomination absolue » par Pékin, qui évoque d’éventuelles représailles.
Le président américain a longtemps hésité, pesant le pour et le contre à propos de la loi soutenant le camp prodémocratie à Hongkong, assurant être « avec » les manifestants, tout en réitérant sa confiance dans son homologue chinois, Xi Jinping. Mais après quelques jours de tergiversations, Donald Trump a finalement promulgué, mercredi 27 novembre, l’« acte de 2019 sur les droits humains et la démocratie à Hongkong ».
Approuvée une semaine plus tôt à une écrasante majorité par le Congrès des Etats-Unis, cette législation menace de suspendre le statut économique spécial accordé par Washington à Hongkong il permet à ce territoire d’être exonéré des restrictions s’appliquant à la Chine continentale. Le texte conditionne désormais son maintien à la validation annuelle par l’administration américaine d’une situation jugée convenable en matière de respect des droits de la part des autorités hongkongaises.
Le Congrès avait également approuvé une mesure interdisant la vente à la police hongkongaise de matériel destiné à réprimer les manifestations. Une résolution également promulguée par Donald Trump.

L’ambassadeur des Etats-Unis à Pékin convoqué

Sans surprise, cette loi a provoqué l’ire de Pékin. L’ambassadeur des Etats-Unis en Chine, Terry Branstad, a été convoqué jeudi, pour la deuxième fois en l’espace de quatre jours, au ministère des affaires étrangères. Le vice-ministre chinois des affaires étrangères, Le Yucheng, lui a fait part de la « ferme opposition » de son pays et exhorté les Etats-Unis à « corriger leur erreur » afin de ne pas « nuire davantage aux relations et à la coopération sino-américaines », a indiqué le ministère dans un communiqué.
Qualifiant ce texte d’« abomination absolue », au motif qu’il soutient « effrontément les actes commis contre d’innocents citoyens qui ont été frappés, blessés et brûlés (…) par des criminels violents » , le gouvernement chinois a menacé de prendre « des mesures de représailles », sans préciser lesquelles.

Moins vindicatif, le gouvernement hongkongais a, de son côté, accusé Washington d’« ingérence » dans ses affaires intérieures. « Les deux actes s’immiscent manifestement dans les affaires intérieures de Hongkong », a déclaré un responsable de l’exécutif dans un communiqué, estimant que cette résolution envoie « un mauvais message aux manifestants ».
Le Bureau de liaison de Pékin à Hongkong a également condamné la « conduite répugnante » de Washington qui pourrait entraîner « trouble et chaos » dans le territoire semi-autonome chinois.
Aux Etats-Unis, la décision de Donald Trump a été saluée des deux côtés de l’échiquier politique. « [Notre pays] se tient aux côtés des manifestants alors qu’ils marchent vers leur autonomie, pour leur démocratie et pour leurs droits humains », a écrit Ben Cardin, sénateur démocrate du Maryland. « J’applaudis le président Trump de promulguer cette législation essentielle en loi », a abondé son collègue républicain Marco Rubio (Floride).
Les militants prodémocratie hongkongais se sont également félicités, affirmant qu’elle contribuerait à l’établissement d’un consensus international en faveur de leur mouvement.

Vers un accord commercial

Sur le front commercial, la question est de savoir si cette décision va mettre en péril les tractations délicates menées par Washington et Pékin. Les deux premières puissances mondiales se livrent depuis l’an dernier une guerre commerciale à coups de hausse de droits de douane.
Ces derniers jours, ils ont envoyé des signaux positifs quant à la conclusion, avant la fin de l’année, d’un accord commercial partiel, dit de « phase un ». « Nous sommes dans la dernière ligne droite avant de parvenir à un accord très important », a avancé hier M. Trump.
L’ancien magnat de l’immobilier new-yorkais a cherché, en tout cas, à soigner ses relations avec son homologue chinois, Xi Jinping. Dans un communiqué justifiant sa décision, M. Trump fait part de son « respect pour le président Xi (Jinping), la Chine et le peuple de Hongkong ». Signe de l’équation délicate dans laquelle il se trouvait, le 45e président des Etats-Unis était resté vague ces derniers jours sur ses intentions : il avait, d’un côté, assuré être « avec » les manifestants prodémocratie, tout en assurant avoir confiance en Xi Jinping pour résoudre la crise.

Une manifestation sur le thème de Thanksgiving

Hongkong, territoire autonome chinois, connaît un mouvement de contestation d’une ampleur inédite depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Le mouvement a débuté en juin à la suite du rejet d’un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Au fil des mois, les manifestations et les actions sont devenues de plus en plus violentes.
La police est entrée jeudi dans l’Université polytechnique où des centaines de manifestants, assiégés par les forces de l’ordre, s’étaient retranchés pendant onze jours. Depuis, ils semblent avoir quitté le campus.

Dans les jours qui ont précédé les élections locales qui se sont tenues dimanche et se sont soldées par une victoire écrasante des candidats prodémocratie, le mouvement de contestation s’est apaisé. Il n’y pas eu depuis d’importantes manifestations.
Mais les contestataires prévoyaient dans la soirée une manifestation sur le thème de Thanksgiving, la grande fête familiale américaine qui tombe ce jeudi, « en l’honneur de ceux qui soutiennent leur mouvement ».
Par Le Monde avec AFP