Un Camerounais répond au Cardinal Tumi et dresse le bilan des morts dans les Régions Anglophones ces 72heures

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« Ça s’améliore, ça s’améliore », a lancé devant les caméras de la télévision d’Etat, la Cameroon
radio and television (Crtv), le cardinal Christian Tumi, ce mercredi 4 décembre 2019. L’ancien archevêque de Douala a tenu ces propos à l’issue d’une rencontre avec le Premier Ministre, Dion Ngute, à Yaoundé. Cardinal Tumi venait de conduire une caravane qui a sillonné le Cameroun anglophone pour sensibiliser les populations sur les résolutions du grand dialogue national tenu du 30 septembre au 4 octobre 2019.

Que le cardinal Christian Tumi se rappelle du Psaumes 34 verset 14 puisé de la sainte Bible qui dit : « préserve ta langue du mal, et tes lèvres des paroles trompeuses ». Comment ce serviteur de Dieu peut dire que la situation s’améliore au Southern Cameroons (actuelles régions du nord-ouest et du sud-ouest) alors qu’à cette même date du 4 décembre 2019 à Bamenda, au lieudit Mankon (nord-ouest), deux jeunes gens ont été sortis de chez eux par des soldats camerounais et abattus comme des animaux ? Comment Cardinal Tumi peut parler de l’amélioration de la situation alors qu’au village Mkpot (sud-ouest), ce 3 décembre 2019, des militaires camerounais ont brûlé des maisons et tué 2 civils innocents ?
De quelle situation améliorée parle Tumi alors que de sources proches des services de sécurité camerounais, un contient de l’armée nigériane vient de joindre des soldats camerounais à Furu Awah (nord-ouest) pour combattre les indépendantistes armés ? Cardinal Tumi sait-il que 4 militaires sont tombés le 2 décembre dernier à Mbiame (nord-ouest) au cours d’une bataille avec les Bui Warrios (indépendantistes armés) ? Chistian Tumi sait-il que le 25 novembre dernier, le couple George et Myriam Awah a été abattu par des militaires camerounais à la rue Mont Carmel de Muea, à Buea (sud-ouest) ?
En rencontrant le Premier Ministre ce mercredi 4 décembre, Christian Tumi lui a-t-il dit que les forces indépendantistes anglophones ont revendiqué l’attaque d’un avion de la compagnie aérienne camerounaise Camair-Co le 1er décembre dernier ? Est-il au courant qu’un travailleur humanitaire de l’ONU a été enlevé puis assassiné le 30 novembre dernier dans le Donga Mantung (nord-ouest) par des personnes non-identifiées (sans doute des milices du pouvoir de Yaoundé) ?
Christian Tumi sait-il que ce jeudi 5 décembre 2019, des corps de plusieurs soldats camerounais ayant trouvé la mort lors de la bataille de Lebialem du 25 novembre dernier ont été gardés à la morgue de l’hôpital militaire de Yaoundé à Ekounou ? Sait-il que dans la foulée de cette bataille, Yannick Fuanyi et Mbe Nchonganyi ont été abattu par des soldats camerounais à Fontem alors que le premier conduisait à moto le second à l’hôpital ?
Christian Tumi sait-il que le 26 novembre dernier, Derrick Atemkeng a été tué par des soldats camerounais à Azi (sud-ouest) ? Est-il au courant de ce que 5 jeunes gens ont été tués à Muea, non loin de Buea par des militaires le 27 novembre dernier ? Lorsque Cardinal Tumi parle de la situation qui s’améliore, est-ce parce que l’armée camerounaise n’intensifie plus les attaques ? Est-ce parce que les indépendantistes anglophones sont en train de déposer progressivement les armes? Est-ce parce que les réfugiés et les déplacés internes regagnent progressivement leurs maisons ?
Il sera difficile pour le cardinal Tumi de répondre à toutes ces questions. Tout comme il est regrettable que lui, autorité morale reconnue au Cameroun pour son intégrité, ait choisi de donner sa caution morale à la démarche du pouvoir de Yaoundé qui consiste à mentir que les choses reviennent à la normale alors que sur le terrain, la situation va de mal en pis. Il est enfin dommage que l’homme de Dieu qui s’est illustré au début années 2000 dans la défense de la cause des familles des victimes du Commandement opérationnel (forces spéciales mises en place par Paul Biya pour combattre de grand banditisme à Douala) ait choisi le camp de l’oppresseur.
Vraiment dommage !
Par Michel Biem Tong web-journaliste