"À Melilla, mon fils est dans une prison à ciel ouvert"



La rédaction d'InfoMigrants a reçu le témoignage de Moncef, le père d’un migrant tunisien bloqué à
Melilla depuis quatre mois. Depuis son départ, l’inquiétude ronge la famille : la tension de Moncef est très élevée et sa femme a développé du diabète. Témoignage.
"Mon fils de 25 ans voulait poursuivre ses études en France. Il a obtenu en Tunisie un diplôme en géométrie / topographie. Il a demandé un visa à l’ambassade de France en Tunisie mais on le lui a refusé.
Ses amis lui ont parlé d’un autre chemin pour rejoindre l’Europe, en passant par le Maroc. Alors un jour il m’a dit qu’il partait. Je ne voulais pas mais il a insisté. Et puis il est majeur, je ne peux pas l’empêcher de partir. Pourtant, notre situation n’est pas mauvaise ici.
Il a donc pris un avion depuis Tunis vers Casablanca, au Maroc. Puis il a marché deux jours jusqu’à la ville de Beni Ensar, à quelques kilomètres de l’enclave espagnole de Melilla.
Après plusieurs tentatives, il a réussi à entrer dans Melilla en passant avec des travailleurs marocains. Je pense que la police l’a laissé passer car ils l’ont confondu avec un Marocain.
Quand il est arrivé fin août, il a dormi deux nuits dans la rue. Puis il a été pris en charge dans un centre d’accueil où il a déposé sa demande d’asile. Mais depuis quatre mois, rien ne se passe.
Il est bloqué à Melilla, sans aucune perspective. Les transferts vers le continent espagnol semblent bloqués pour les Tunisiens. Il n’est pas le seul tunisien dans cette situation, ils sont environ 600 à attendre d’être transférés en Espagne. Ils ont même manifesté cette semaine car ils sont épuisés et réclament plus de transparence.
Les choses ne sont vraiment pas claires. J’estime qu’il est dans une prison à ciel ouvert.
Je lui avais dit de ne pas tenter sa chance de cette manière, je voulais qu’il essaye d’entrer en Europe légalement, pas de cette façon. Il aurait dû faire autrement.
Cette situation est aussi très compliquée pour nous, ses parents et toute la famille. Depuis son départ, je suis fou d’inquiétude si bien que ma tension artérielle est très élevée et ma femme a développé du diabète. Elle est très fatiguée. Son frère et sa sœur sont également très inquiets pour lui, nous sommes tous très perturbés.
On est en contact avec lui tous les jours, on lui envoie régulièrement de l’argent. C’est important de garder le lien. Je ne veux pas qu’il reste là-bas trop longtemps car son état mental décline. Il est très fragile psychologiquement, cela me fait très peur."
Par infomigrants.net