Des villes entières évacuées avant un nouveau pic de chaleur en Australie, ravagée par les incendies

Des milliers de touristes ont  quarante-huit heures pour quitter les zones touristiques sur la côte sud-est de l’Australie – photo prise à Batemans Bay, le 2 janvier.
Les feux hors de contrôle qui ravagent le pays depuis plusieurs semaines ont provoqué la mort d’au
moins huit personnes en deux jours et pris au piège de nombreux touristes.
En proie à de redoutables incendies, l’Etat australien de Nouvelle-Galles du Sud a déclaré jeudi 2 janvier l’état d’urgence pour une durée de sept jours. Cette mesure autorise notamment l’évacuation forcée d’habitants et de touristes se trouvant sur le littoral du sud-est du pays en prévision d’un nouveau pic de chaleur attendu samedi.
« Nous ne prenons pas ce genre de décisions à la légère, mais nous voulons nous assurer que toutes les mesures nécessaires sont prises pour nous préparer à ce qui pourrait être un horrible samedi », a commenté Gladys Berejiklian, première ministre de Nouvelle-Galles du Sud.
C’est la troisième fois que l’état d’urgence est déclaré dans cet Etat, le plus peuplé d’Australie, depuis le début de la saison des incendies en septembre. L’annonce intervient après que les pompiers de Nouvelle-Galles du Sud ont demandé aux touristes de quitter une zone littorale de 300 km de long, allant de la ville de Nowra (située à 160 km au sud de Sydney) jusqu’à l’Etat de Victoria. Les habitants et les vacanciers se trouvant dans deux zones situées à l’intérieur des terres, notamment dans les touristiques Snowy Mountains, entre Canberra et Sydney, ont été incités à partir.
Ces feux hors de contrôle, qui ravagent le pays depuis plusieurs semaines, ont provoqué la mort d’au moins dix-huit personnes depuis septembre. Ce bilan humain pourrait encore s’alourdir, les autorités de l’Etat de Victoria ayant déclaré jeudi que dix-sept personnes étaient portées disparues à travers son territoire.

Navires et avions militaires déployés

Le directeur adjoint du service des pompiers de l’Etat de Nouvelle-Galles du Sud, Rob Rogers, a déclaré que les pompiers étaient incapables d’éteindre ou même de contrôler les feux en cours : « Le message, c’est qu’il y a tellement de feux dans cette zone que nous ne sommes pas en capacité de les contenir. On doit juste s’assurer qu’il n’y a plus personne sur leur chemin. » Des navires et avions militaires ont été déployés, ainsi que des personnels d’urgence, pour convoyer de l’aide humanitaire et évaluer les dégâts dans les régions les plus isolées.
Deux navires sont arrivés jeudi matin dans la cité balnéaire de Mallacoota, où des personnes se sont réfugiées mardi sur la plage pour échapper aux flammes qui ont atteint la ville. Jusqu’à quatre mille personnes devraient être évacuées dans un premier temps. Ces opérations pourraient durer plusieurs semaines, selon des responsables.
Depuis le début de la saison des incendies, plus de mille trois cents maisons ont été réduites en cendres et 5,5 millions d’hectares sont partis en fumée, soit une zone plus vaste qu’un pays comme le Danemark ou les Pays-Bas.
Cette crise sans précédent a donné lieu à des manifestations pour demander au gouvernement de prendre des mesures immédiates contre le réchauffement climatique, qui serait, selon des scientifiques, à l’origine de ces incendies plus précoces, plus longs et plus violents que jamais.
Le premier ministre, Scott Morrison, qui a renouvelé son soutien à la lucrative mais très polluante industrie du charbon australienne, est très critiqué. Jeudi, il a donné sa première conférence de presse depuis le regain des incendies, assurant qu’« absolument tous les efforts » sont déployés pour venir en aide aux habitants les plus touchés. Il a invité la population à faire « confiance à tous ceux qui luttent contre les incendies », tout en défendant sa politique en matière de changement climatique, qu’il a qualifiée de « sensée ».

Des glaciers de couleur caramel

La fumée des incendies de forêts en Australie est telle qu’elle a atteint la Nouvelle-Zélande, située à des milliers de kilomètres, où des glaciers habituellement blancs ont pris une nuance de couleur caramel, selon les services météo et des témoignages sur les réseaux sociaux.
« On peut voir clairement cette fumée, qui a parcouru environ 2 000 km à travers la mer de Tasman », a tweeté le service néo-zélandais de prévisions météorologiques. « Dans les régions les plus touchées, la visibilité est faible, 10 km », selon la même source.
 
Cette fumée, qui dégage une odeur âcre, est apparue dans la zone pour la première fois mercredi matin. Dans certaines régions, le soleil a point comme un globe rouge ou doré, en fonction de l’épaisseur du nuage toxique. Sur les réseaux sociaux, une Néo-Zélandaise, Rachel, a publié la photo du glacier Franz-Josef, dont le blanc immaculé a pris une teinte marron.
L’acteur néo-zélandais Jemaine Clement a publié la photo d’un globe doré. « Tout au long de la Nouvelle-Zélande, la fumée des incendies australiens dans l’atmosphère nous donne cet étrange soleil », a-t-il commenté.
Le monde du tennis va lever des fonds pour les victimes des incendies
Le monde du tennis, qui entame traditionnellement sa saison en Australie, va lever des fonds pour les victimes des incendies dans l’île-continent, après un appel en ce sens du joueur australien Nicholas Kyrgios, jeudi 2 janvier : « Allez @TennisAustralia ! Nous pouvons sûrement organiser un événement avant l’@AustralianOpen pour lever des fonds pour les victimes des incendies », a tweeté le joueur.
Dans la foulée, Craig Tiley, le patron de Tennis Australia, la fédération australienne, a annoncé l’organisation d’« un certain nombre de levées de fonds et d’opérations de soutien pendant l’ATP Cup, l’Open d’Australie (20 janvier - 2 février) et d’autres épreuves durant les prochaines semaines ».
Les incendies sont le sujet de discussions majeur avant l’ATP Cup, compétition par équipes qui commence vendredi à Brisbane (Est), Perth (Ouest) et Sydney (Sud-Est), dont l’air est pollué par un nuage de fumée toxique. Les organisateurs ont annoncé que des experts médicaux surveilleraient les conditions de jeu et que les matchs seraient suspendus si nécessaire.

Le Monde avec AFP