Gambie : Adama Barrow contesté dans la rue, le gouvernement serre la vis

Le président gambien, Adama Barrow, lors d’un sommet de l’Union africaine, à Niamey, le 7 juillet 2019. 
Un collectif demandant le départ du président a été interdit et plus de 100 personnes ont été arrêtées
après une manifestation à Banjul.
Le gouvernement gambien a lancé une contre-attaque, dimanche 26 janvier, pour éteindre le mouvement de contestation réclamant le départ du président Adama Barrow : il a interdit avec effet immédiat le collectif à l’origine d’une manifestation ayant tourné à l’émeute. La police a procédé à plus de 100 arrestations et ceux qui soutiennent ce mouvement anti-présidentiel devront faire face à des « conséquences graves », a affirmé le gouvernement dans un communiqué, précisant que « pas une seule personne n’est morte pendant la manifestation ».
Un responsable d’hôpital avait affirmé plus tôt dans la journée que trois personnes avaient été tuées, sans préciser leur identité et les causes de leur décès. Le bilan de la manifestation, qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes dans la banlieue de Banjul, est néanmoins sévère : 137 personnes arrêtées par la police, d’autres en fuite ou tentant de quitter le territoire, selon le gouvernement. Bien qu’il n’y ait pas eu de décès, « certaines personnes ont subi des blessures ne mettant pas leur vie en danger, dont 18 membres des forces de sécurité et sept civils », selon la même source.

Rassemblés à l’appel du collectif Operation Three Years Jotna (« Trois ans, il est temps », dans un mélange d’anglais et de wolof), les manifestants réclamaient qu’Adama Barrow quitte le pouvoir après trois ans, comme il s’y était engagé en devenant le candidat unique de l’opposition, fin 2016. Selon la charte fondatrice de la Coalition 2016, il devait diriger un gouvernement provisoire pendant trois ans, avant d’organiser une nouvelle élection à laquelle il ne pourrait pas se présenter. Mais Adama Barrow assure à présent que « personne ne pourra [le] forcer à quitter la présidence avant 2021 », s’attirant les foudres de ses anciens compagnons, qui l’accusent de « trahison ».

Un mouvement « subversif et illégal »

Expliquant l’avoir jusqu’ici toléré, le gouvernement considère à présent le collectif anti-présidentiel comme « un mouvement subversif, violent et illégal ». Il lui « interdit à jamais d’agir sur le territoire de la Gambie », selon le communiqué. Ce mouvement a « toutes les caractéristiques d’un groupe déterminé à renverser illégalement le président élu constitutionnellement », ajoute le texte. Le gouvernement exhorte les autorités locales à « conduire les suspects au poste de police le plus proche » et avertit que « donner refuge à des fugitifs est une violation de la loi ». Il demande à tous de « cesser leurs relations avec ce mouvement illégal », ajoutant que « toute personne, station de radio, entreprise ou association » qui contreviendrait à cette directive sera « confrontée à conséquences sévères ».
Les autorités ont également décidé de fermer le temps d’une enquête deux radios, Home Digital FM et King FM, les accusant d’avoir servi de plateforme pour la diffusion de messages incitant à la violence ou à rejoindre le collectif anti-présidentiel, le tout pour « menacer la sécurité de la Gambie ». Le propriétaire de Home Digital FM, Pa Modou Bojang, et le directeur de King FM, Gibbi Jallow, « aident la police dans son enquête », selon le gouvernement. Les deux hommes font partie des personnes interpellées, selon un employé de King FM et le secrétaire général du Syndicat des journalistes de Gambie, Saikou Jammeh.

Des milliers de partisans de l’ex-président Yahya Jammeh avaient été autorisés à manifester, jeudi, pour réclamer son retour d’exil, suscitant la colère et l’incompréhension des victimes de son régime, qui ont à leur tour manifesté samedi par centaines pour réclamer qu’il soit traduit en justice.

Le Monde avec AFP