Coronavirus: Madagascar suspend ses liaisons vers l'Europe dès le 20 mars

Madagascar rehausse ses mesures pour lutter contre l’arrivée du coronavirus. Aucun cas avéré de
contagion n’a encore été recensé mais face à la propagation de la pandémie, le président a annoncé samedi soir la suspension de toutes les liaisons aériennes directes entre son pays et l'Europe, à compter du vendredi 20 mars, pour une durée de trente jours, reconductible.
Avec notre correspondante à Antananarivo,
« Vous ne devez pas recevoir de visite chez vous. Vous devez rester confiné chez vous, tout seul. D’accord ? C’est bon, Monsieur ? Vous avez rempli le formulaire, vous pouvez maintenant vous diriger vers la douane. » Sur le tarmac, des dizaines d’agents de l’aéroport d’Ivato, des autorités sanitaires, mais aussi des employés de l’ambassade de France accompagnés de l’ambassadeur en personne et du vice-consul accueillent et orientent des passagers, pris au dépourvu.
Car les vols en provenance et à destination de l’Europe, de Mayotte et de la Réunion ont été suspendus. Même scénario pour les navires de croisière qui ne sont désormais plus autorisés à accoster sur l’île. En plus de ces restrictions aux frontières, les autorités sanitaires du pays ont décrété dans la journée d’hier la mise à l’auto-confinement obligatoire pendant quatorze jours pour tous les passagers débarquant des vols internationaux. Une mesure prise alors que certains voyageurs étaient déjà en vol. C’est le cas de ces 200 passagers du premier des trois derniers vols direct d’Air France en provenance de Paris – avant la suspension - arrivés cette nuit.
Le confinement ou le vol retour
« C’est dans l’avion, quand on est venus se garer ici, qu’on nous a appris qu’en fait on était tous confinés soit chez soi, soit à l’hôtel, et qu’on avait aussi l’option de reprendre le vol retour dans 2h pour retourner en France », raconte cet homme, accompagné de sa femme et son bébé. Ils sont venus en vacances à Madagascar pour présenter le nouveau-né à la famille.
En même temps qu’on leur distribue des masques et du gel hydroalcoolique, les voyageurs reçoivent une lettre d’engagement à remplir avec leurs coordonnées et à signer. La « garantie », selon le ministre de la santé Ahmad Ahmad, également sur place dimanche soir, du confinement de ces passagers dits « à risque ».
« Cette lettre d’engagement nous garantit que les passagers vont respecter la règle de ne pas quitter leur domicile durant 14 jours. Et entre temps, nous organiserons des visites inopinées de médecins et de forces de l’ordre qui vont passer voir s’ils ont de la température, etc. En plus, deux fois par jour, ils vont devoir communiquer avec notre centre d’écoute. »
Comme quatre autres voyageurs, ce touriste belge a fait le choix de repartir immédiatement. De Madagascar, il n’aura vu que le hall de l’aéroport. « Le capitaine a dit qu’il y avait un problème, qu’on devait aller en quarantaine. Hors de question pour nous ! Parce qu’on ne sait pas dans 15 jours si on pourra retourner dans notre pays ou non. Résultat, on vient de faire un voyage de 48h d’avion à 2 000 euros... C’est triste qu’on ne nous ait pas dit à Paris ou à Bruxelles de ne pas partir. Donc dans deux heures, on prend l’avion à nouveau direction France puis Belgique. Déception, grande déception ! »
Les évacuations sanitaires ne seront pas suspendues
Dimanche soir, l’arrivée de ce premier vol international depuis les restrictions s’est donc passée dans le calme. Toutefois, en coulisses, des responsables du transport aérien comme des autorités sont agacés : les informations transmises seraient floues, voire contradictoires d’un interlocuteur à un autre. La suspension des liaisons aériennes avec l’Europe dès vendredi devrait rendre la situation plus lisible.
Par ailleurs, depuis une semaine, les autorités sanitaires du pays ont émis l'hypothèse de désinfecter tous les voyageurs qui arriveraient de l'étranger. Le docteur Fidiniaina Randriatsarafara, directeur général de la médecine préventive au sein du ministère de la Santé publique, a confirmé qu’une réflexion était en cours pour savoir si une telle opération était réalisable et si oui, avec quels produits.
Depuis dimanche, les vols internationaux en région, comme les Fort-Dauphin-Saint-Denis de la Réunion, ou encore les Diego-Suarez-Dzaoudzi (Mayotte), sont eux aussi désormais suspendus. Tout vol reliant une destination à l’étranger passe désormais impérativement par la capitale.
De son côté, l’Aviation civile a confirmé à RFI ce soir que les évacuations sanitaires vers l’étranger, elles, ne seraient pas suspendues. « C’est notre cellule dédiée aux évacuations sanitaires qui reste en charge d’accorder ou non les autorisations », explique Tovo Rabemanantsoa.
Pour rebondir face aux annulations en série, la Confédération du tourisme de Madagascar et leur ministère de tutelle réfléchissent d’ores et déjà à comment relancer la destination Madagascar, et préparent « l’après crise coronavirus ».