Frappé par le coronavirus, le commerce chinois s'écroule

Les importations et exportations de l'Empire du milieu sont en fort recul depuis le début de l'année.
Cette tendance permet aux États-Unis de réduire leur déficit commercial vis-à-vis de la Chine.
Les conséquences économiques de l'épidémie de coronavirus sur l'activité se multiplient. Vendredi 6 mars, les douanes chinoises ont dévoilé les derniers chiffres du commerce. Et ceux-ci se révèlent particulièrement inquiétants : sur les deux premiers mois de l'année, les exportations du pays se sont écroulées de 17,2% par rapport à l'année dernière, la plus forte baisse depuis février dernier, lorsque la guerre commerciale sino-américaine parasitait les échanges internationaux.
En face, les importations du pays se sont également effondrées de 4%. Une baisse qui s'explique aisément : l'économie chinoise tourne au ralenti depuis plusieurs semaines, de même que ses usines. Dans ces conditions, ses besoins en matières premières comme en pétrole ont considérablement diminué. Ce recul est toutefois bien moins important que les -15% anticipés par les experts. Ces deux évolutions ont poussé la Chine à enregistrer un déficit commercial légèrement supérieur à 7 milliards de dollars (6,3 milliards d'euros) sur les deux premiers mois de l'année.
Le recul du dynamisme chinois pourrait toutefois bénéficier à certains acteurs. Bête noire de l'administration américaine, l'excédent commercial de la Chine avec les États-Unis s'est en effet lui aussi écroulé sur les deux premiers mois 2020, reculant de 40% par rapport à l'année dernière. Il est ainsi tombé à 25,4 milliards de dollars seulement, contre 42 milliards sur la même période en 2019. Une diminution considérable, qui accentue une tendance visible sur l'année dernière : sur les douze mois de 2019, le déficit avait baissé de 8,5% environ, s'établissant à un peu moins de 300 milliards de dollars, par rapport aux 323 milliards de 2018.

Les conséquences économiques du coronavirus s'aggravent

Les mauvaises nouvelles s'enchaînent pour l'économie internationale. Locomotive de la croissance mondiale, l'activité en Chine devrait être particulièrement frappée par l'épidémie, cette année : l'OCDE a largement revu ses prévisions à la baisse, avertissant que l'épidémie et les fermetures et limitations qu'elle entraînait mettait «l'économie mondiale en danger». La croissance chinoise devrait atteindre 4,9% seulement cette année, en baisse par rapport aux 6,1% de 2019. De son côté, l'agence de notation Moody's a elle aussi revu ses estimations à la baisse, tablant sur une croissance chinoise à 4,8% cette année. «La propagation du coronavirus [...] a entraîné des retombées économiques importantes, ce qui entrave gravement non seulement le commerce et les chaînes d'approvisionnement, mais déprime la demande de consommation intérieure dans les pays touchés et dans le monde», alerte-t-elle.
Les échanges mondiaux devraient aussi reculer : l'assureur Euler Hermès a estimé vendredi que l'épidémie avait déjà «coûté 320 milliards de dollars au commerce mondial de biens et services», soit, en un trimestre, «la même chose que les tensions commerciales USA-Chine lui ont coûté en un an». Un coup de froid considérable, donc, en grande partie imputable au ralentissement de l'activité dans l'Empire du milieu, explique le groupe. La situation devrait rester difficile durant quelques mois, et les pertes à l'export pour les entreprises françaises pourraient atteindre «20 milliards de dollars par trimestre de perturbation de l'activité».
Le coronavirus devrait également faire reculer les investissements internationaux : l'agence de l'ONU sur le commerce et le développement a calculé, selon les scénarios de propagation de l'épidémie, que les investissements directs à l'étranger (IDE) devraient reculer de «5% à 15%» par rapport à ses prévisions initiales. L'impact sera «concentré sur les pays qui sont le plus sévèrement frappés par l'épidémie», mais toutes les nations devraient ressentir l'onde de choc, ajoute l'UNCTAD. Le recul atteindra, en moyenne, 6% en Amérique latine, 1% en Afrique, 6% dans les pays développés et jusqu'à 18% en Asie (dont 26% en Chine et 30% à Singapour).
Ces différentes estimations dépendent toutefois de la manière dont l'épidémie continuera à se propager à travers le globe, et de la réponse des autorités. En outre, les prévisions soulignent que l'activité devrait rebondir nettement l'année prochaine, avec une croissance marquée, lorsque les différents secteurs repartiront.
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Le Figaro.fr