Panique et nique à COVID

 
Il y a un danger qui terrorise la planète sans distinction de pays, de races ou de religions. Du jour au
lendemain, notre planète a chamboulé profondément notre vie en se transformant en nique à COVID-19. Une brique subitement tombée du ciel comme pour nous rappeler que l’homéostasie existentielle, la paix intérieure et la liberté reposent sur un équilibre très fragile. Pour une fois depuis bien longtemps, tout le monde a la frousse en même temps.
Quand le groupe État islamique demande à ses soldats kamikazes de ne pas se rendre en Europe, et surtout pas en Italie, c’est que la terreur est vraiment plus généralisée qu’on le pense. Ce virus est si puissant qu’il a réussi à franchir la forteresse de protection de deux familles royales. Le prince Charles, qui est l’héritier de la couronne britannique, ainsi qu’Albert II de Monaco sont contaminés. Comme quoi les coronavirus n’arborent pas cette tête couronnée qui leur donne leur nom par simple fantaisie. Quand on y pense, ce microbe est si puissant qu’il est le seul à pouvoir se vanter d’avoir réalisé en peu de temps cette promesse électorale devant laquelle tous nos gouvernements des 20 dernières années se sont couchés : baisser ponctuellement le taux d’occupation dans certaines urgences du Québec à 60 %.
La Terre traverse une énorme période d’anxiété sanitaire et économique. La dernière fois qu’une grande partie de l’humanité a tremblé de peur à l’unisson devant une force hostile, l’Amérique désireuse de trouver rapidement l’arme de la riposte finale avait fédéré des scientifiques dans un projet ambitieux baptisé Manhattan. Le développement de cette première bombe atomique en 1945 donnera un coup de grâce au méchant et très meurtrier virus que représentait l’idéologie nazie.
L’Amérique s’imposera-t-elle encore comme le grand sauveur de la planète dans cette nouvelle course aux armements contre ce coronavirus ?
PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS
Conférence de presse de Justin Trudeau à Ottawa, cette semaine
Est-ce que l’humanité se tournera de nouveau vers les États-Unis pour les remercier d’avoir trouvé la bombe antivirale de la rédemption ? Qui sait ? Chose certaine, pendant que l’ennemi se faufile dramatiquement dans sa cabane, le président Trump s’astique le toupet devant son miroir en maudissant le « microbe chinois » qui cherche à miner sa réélection. Mais, comme l’a rappelé récemment notre collègue Alexandre Sirois, malheureusement pour Donald, les virus sont insensibles à l’intimidation.
Plus surprenant encore, pendant que le président minimise la situation, beaucoup de trumpistes effrayés par la grande tragédie qui se joue en Europe anticipent le pire et se ruent vers les magasins pour acheter des armes et faire des réserves de munitions. Mieux vaut être prêt à tirer la chasse et appuyer sur la gâchette si on veut éviter qu’un voleur de papier de toilette vienne nous emmerder ! Ainsi dirait une certaine sagesse des disciples du deuxième amendement. De toute façon, en ces temps incertains, à chacun sa façon de sublimer ses angoisses. Chez nous au Québec, devant la gradation des mesures de confinement, on a vu des gens aller massivement faire le plein de cannabis et d’alcool. Comme quoi à défaut des introuvables gels hydroalcooliques, certains ont compris qu’il ne restait plus qu’une chose à faire : se geler et s’alcooliser.
Pardonnez-moi de verser dans la légèreté en abordant cette situation très dramatique ! C’est ma façon d’évacuer mon vague à l’âme. Le rire, dit une sagesse populaire, est comme les essuie-glaces; ça n’arrête pas la pluie, mais ça permet d’avancer.
La situation est très inquiétante. Chacun se protège comme il peut, mais il est fortement conseillé de rester alerte devant ce qu’on lit et ce qu’on entend. Pour cause, si la connexion internet et l’isolement social aident à stopper la progression des microbes, ils ont l’effet inverse sur la propagation du virus de la bêtise, des théories du complot et des idées extrêmes.
Oubliez les petites mains sales de Donald, c’est en lui lavant la langue avec du savon il y a quelques semaines déjà qu’on aurait pu éviter que la COVID-19 se répande comme une traînée de poudre dans un pays où la santé est bien souvent un luxe que les plus pauvres ne peuvent s’offrir. S’il est vrai qu’advenant une infection, les maladies chroniques représentent de sérieux facteurs de risque de dégradation sanitaire, avec son taux d’obésité parmi les plus élevés de la planète, l’Amérique risque de vivre une longue et dramatique traversée du désert.
Disons que dans ce sauve-qui-peut planétaire, si le président américain a connu un faux départ, le premier ministre Trudeau a figé en entendant le coup de pistolet.
Ce faisant, il est devenu en partie le boulet qui a empêché le Québec de distancer la COVID-19 à la hauteur de la courageuse et efficace guerre préventive mise en place par le trio Legault-Arruda-McCann. Même si on explique la situation non enviable du Québec par la semaine de relâche, gageons que les choses auraient été différentes si Justin avait ordonné à temps la fermeture de la frontière ou une quarantaine obligatoire aux visiteurs en provenance de l’Iran, de la Chine et de l’Italie.
Ce cafouillage du gouvernement libéral n’a pas aidé, mais il a eu le mérite de nous rappeler encore à quel point la simple évocation du mot « fermeture » peut bousculer les certitudes de M. Trudeau qui s’est toujours positionné comme le champion de l’« ouverture ». Ce penchant idéologique est si profond en lui que je soupçonne parfois Justin de se faire poser des ouvertures éclair sur ses pantalons. Heureusement, depuis un peu plus d’une semaine, il a remis de façon un peu plus convaincante ses gants de boxe contre le virus et ses conséquences sanitaires et économiques désastreuses. Mieux vaut tard que jamais !
Face à cette puissante offensive virale, tous les peuples ne seront pas protégés également par ceux qui les dirigent. Il y a des pays qui combattent avec des armes de destruction massive, d’autres avancent à coups de machette et certaines nations moins favorisées devront se défendre à mains nues. Cette semaine, mes pensées vont surtout à la grande majorité des personnes vivant dans les pays en développement qui seront ainsi abandonnés à leur sort devant l’ennemi. Je pense ici à cette maman qui tient un petit commerce dans un marché africain pour nourrir ses enfants à qui un journaliste européen a demandé pourquoi elle ne voulait pas respecter le confinement de 15 jours imposé par le gouvernement et qui a répondu : « Parce qu’on me demande de choisir entre risquer d’attraper cette maladie et mourir de faim avec mes enfants. »
Boucar Diouf
Humoriste, conteur, biologiste et animateur
Par LAPRESSE.CA