Coronavirus: en Roumanie, la fuite des médecins fragilise les hôpitaux

Avec plus de 5.200 cas et moins de 250 décès au 10 avril, la Roumanie traverse la crise du
coronavirus sans hécatombe sanitaire jusqu'à présent. Problème cependant : de nombreux hôpitaux et villes du pays sont touchés par des démissions de son personnel médical. Explications.
Publicité
avec notre correspondant à Bucarest, Benjamin Ribout
Le 23 mars, à Arad, dans l'ouest de la Roumanie, 83 employés de l'hôpital de la préfecture se mettaient en congé maladie, en plus des 8 démissions de médecins. Le cas de cet hôpital n'est pas isolé. En première ligne face au Covid-19, les professionnels de santé pointent le manque de moyens et les risques. À la date du 7 avril, environ 700 cas concernaient des médecins et des infirmiers.
Mais pour ce médecin infectiologue, qui a choisi de rester anonyme, les raisons sont toutes autres. « Les gens démissionnent par peur, nous explique t-il. Les médecins ne comprennent pas ce qui leur arrive. Dans mon service des maladies infectieuses, on a ce qu'il faut en matière d'équipements et on peut traiter les patients. C'est plutôt dans les autres services que le personnel est effrayé. Il y a beaucoup de suspicion car beaucoup de personnes sont incompétentes et pas à la hauteur de leur fonction. »

« De nombreux médecins pourraient être poursuivis »
Dans le nord du pays, à Suceava, principal foyer d’infection du coronavirus en Roumanie, un quart des médecins et des infirmières ont démissionné. « Vous imaginez l'impact dans une ville comme Suceava, qui est une préfecture ? C'est une catastrophe, poursuit l'infectiologue. De nombreux médecins pourraient d'ailleurs être poursuivis en justice. Il y a eu des cas comme celui de ce garçon de 25 ans qui n'a jamais pu être consulté. Il n'a pas pu être pris en charge et il en est mort ».
Embarrassé, le gouvernement n'a pas encore annoncé comment sanctionner ces médecins. Rappelons que les salaires des médecins roumains avaient été quasiment doublé il y a deux ans, justement pour lutter contre le manque de personnel.
Par RFI