Coronavirus. Les nouvelles ne sont pas très bonnes en ce qui concerne l’immunité collective

Les autorités chinoises de Wuhan, premier épicentre de la pandémie de coronavirus, ont commencé
une campagne de tests sérologiques auprès de milliers de personnes reparties travailler et d’autres sans symptôme. Objectif : avoir une idée plus précise du nombre de personnes ayant développé des anticorps à la suite d’une infection au Covid-19. Et les premiers résultats ne sont pas très optimistes : seuls 2 % des personnels soignants et des patients testés auraient développé des anticorps.
L’immunité collective. C’est un des espoirs sur lequel bon nombre de scientifiques et politiques misent pour stopper la pandémie de coronavirus qui a d’ores et déjà fait 140 000 morts dans le monde.
Un espoir qui semble désormais se réduire comme peau de chagrin à la suite d’une étude préliminaire chinoise relayée par le Wall Street Journal .

Laisser la population au contact du virus

Voilà plusieurs semaines que la stratégie de l’immunité collective est mise en avant comme une potentielle solution à la pandémie de coronavirus qui frappe actuellement le monde.
Une stratégie qui consiste à laisser une proportion importante d’individus (50 % généralement d’une population) au contact du virus, leur permettant de développer des anticorps durant leur guérison et ainsi de stopper la propagation de l’épidémie en cassant les chaînes de contamination.
Il y a un mois encore, loin des mesures radicales de ses voisins, le Royaume-Uni adoptait ainsi une approche prudente face au coronavirus, espérant favoriser le développement d’une immunité collective.
Même son de cloche aux Pays-Bas où le Premier ministre néerlandais Mark Rutte déclarait vouloir favoriser le développement d’une immunité collective dans le pays, excluant par là même un confinement total de la population.

Bien loin de « l’immunité collective »

Au regard de l’étude préliminaire chinoise relayée par le Wall Street Journal, les nouvelles concernant l’immunité collective ne sont pas très bonnes en Chine.
Après 76 jours de mise sous cloche, les autorités chinoises de la ville de Wuhan, épicentre d’origine de la pandémie de coronavirus, viennent en effet de commencer une campagne de tests sérologiques auprès de milliers de personnes retournant travailler et de personnes asymptomatiques pour obtenir une image plus claire des niveaux d’immunité dans la ville et essayer de prévenir une deuxième vague de maladie.
Première mauvaise nouvelle : le nombre de personnes testées qui ont développé des anticorps est encore bien loin de l’immunité collective tant espérée. Et il pourrait y avoir encore des milliers de cas asymptomatiques non identifiés dans la ville de 11 millions d’habitants, d’après les résultats.
Seconde mauvaise nouvelle : l’hôpital Zhongnan, un des plus grands de la ville de Wuhan, a constaté que seuls 2,4 % de ses employés (3 600 testés, tous en bonne santé) et 2 % à 3 % des patients récents et autres visiteurs (5 000 testés), y compris les personnes testées avant de retourner au travail, avaient développé des anticorps.
C’est loin de l’immunité collective, a déclaré Wang Xinghuan, directeur de l’hôpital de Zhongnan. Et le directeur de rajouter : Donc, un vaccin peut être notre dernier espoir.

Des échantillons relativement petits

Les résultats de l’hôpital Zhongnan suggèrent par ailleurs que le virus pourrait avoir touché bien plus de personnes que ce qu’indiquent les chiffres officiels chinois.
Selon les autorités de Wuhan, 50 008 cas de coronavirus ont été dénombrés, soit environ 0,45 % de sa population. Les résultats obtenus par l’étude sont donc préliminaires et basés sur des échantillons relativement petits.
Pour les médecins et les experts en santé publique, des données et des recherches supplémentaires restent ainsi nécessaires pour avoir une vision plus juste du nombre de personnes ayant été infectées et ayant développé des anticorps à Wuhan.
Cette semaine, la ville a ainsi lancé une nouvelle initiative pour tester 11 000 habitants. Des tests d’anticorps similaires seront également effectués dans neuf autres provinces et grandes villes, y compris Pékin et Shanghai, selon les médias d’État.
Mais un autre problème se pose au sujet des anticorps et de la possibilité d’une réinfection au coronavirus. Selon Lin Xihong, professeur de biostatistique à Harvard, il n’est pas sûr de supposer que si l’on a un test d’anticorps positif, on soit immunisé et puisse retourner au travail.

Anticorps protecteurs ?

Une étude réalisée sur 175 patients guéris à Shanghai, publiée début avril sans évaluation, montre en effet que la plupart d’entre eux ont développé des anticorps neutralisants entre 10 et 15 jours après le début de la maladie, à diverses concentrations.
Mais savoir si la présence d’anticorps signifie immunité est une question différente, a noté Maria Van Kerkhove, une des responsables de la gestion de l’épidémie à l’OMS.
On est en train de se poser la question pour savoir si quelqu’un qui a fait un Covid est si protégé que ça, s’est inquiété mercredi 15 avril le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique en France.
Et pire : On ne sait pas si les anticorps qu’on développe soi-même contre le virus ne sont pas un risque d’augmenter la maladie, indique Frédéric Tangy, notant que les symptômes les pires du Covid-19 arrivent tardivement, au moment où le patient a développé des anticorps.
Pas d’éléments probants non plus pour l’instant pour dire qui développerait des anticorps plus efficaces : malades les plus gravement touchés ou les plus épargnés, personnes âgées ou jeunes… Face à ces incertitudes, certains s’interrogent sur la pertinence d’atteindre, via les contaminations, une immunité collective.
La seule véritable solution est un vaccin, estime ainsi Archie Clements, épidémiologiste à l’université australienne Curtin.