“C’est la deuxième fois cette semaine que Donald Trump revendique des pouvoirs exécutifs exceptionnels en pleine pandémie de Covid-19”, note le Washington Post. Après avoir affirmé lundi que lui seul avait l’autorité de rouvrir son pays confiné, le président américain a menacé mercredi de suspendre le Congrès pour pouvoir imposer une série de nominations, aujourd’hui bloquées, selon lui, par la crise du Covid-19, la chambre haute ayant suspendu ses séances plénières jusqu’au 4 mai.
Le Sénat, qui a le pouvoir de confirmer ou de rejeter les nominations du président à des postes stratégiques, continue aujourd’hui de se réunir tous les trois jours en courtes séances pro forma, ne rassemblant que quelques sénateurs. Les nominations peuvent en théorie être approuvées à l’unanimité durant ces séances. Mais les profondes divisions politiques compliquent cette perspective. Or Donald Trump estime que l’absence de nouvelles nominations le force aujourd’hui à travailler en sous-effectif, alors même que les États-Unis doivent faire face à une pandémie, souligne Fox News.

“Crise de l’équilibre des pouvoirs”

Lors de sa conférence de presse quotidienne sur la crise du coronavirus, le président américain a d’abord exhorté le chef républicain du Sénat, Mitch McConnell, à suspendre toutes les séances afin qu’il puisse faire jouer une disposition de la Constitution et confirmer lui-même ses candidats. Si la Chambre des représentants, à majorité démocrate, “n’est pas d’accord avec cette suspension, j’exercerai mon droit constitutionnel de suspendre les deux chambres du Congrès”, a-t-il menacé. Ce pouvoir exécutif n’a toutefois jamais été utilisé par un président américain au cours de l’histoire, note CNN.
En cherchant à suspendre le Congrès, Donald Trump serait “certain de créer une crise de l’équilibre des pouvoirs constitutionnels entre les branches” législative et exécutive, note le Daily Beast.
Le New York Times se montre lui sceptique quant aux chances de Donald Trump de parvenir à suspendre le Congrès. Le locataire de la Maison-Blanche “semble faire référence à l’article II de la Constitution, qui donne au président le pouvoir d’ajourner les sessions du Congrès jusqu’à une date de son choix si la Chambre des représentants et le Sénat ne parviennent pas à s’entendre sur une date”, explique le quotidien. “Mais il n’y a actuellement aucun désaccord entre les deux chambres” sur cette question.

Une menace lancée alors que Trump est de plus en plus “critiqué pour sa gestion de la pandémie”

“On ne sait pas vraiment ce qui a poussé Trump à s’en prendre au Congrès mercredi”, note The Hill. Mais cette attaque montre une nouvelle fois qu’il utilise de plus en plus souvent “ses conférences de presse dédiées au coronavirus pour lancer des batailles politiques, au moment même où la Maison-Blanche est critiquée pour sa gestion de la pandémie”.
Les États-Unis ont enregistré mercredi un nouveau sombre record avec près de 2 600 décès supplémentaires du Covid-19 en vingt-quatre heures, le plus lourd bilan journalier recensé par un pays, selon le comptage de l’université Johns Hopkins. Cela porte le bilan américain à 28 326 morts au total. Mais, selon le site Pro Publica, ce chiffre pourrait être beaucoup plus élevé, de nombreuses personnes décédées à domicile n’ayant pas été comptabilisées.
Noémie Taylor-Rosner