États-Unis: le témoignage d'un infirmier en première ligne face au coronavirus

Le cas d’un infirmer obligé de se confectionner lui-même des blouses avec des sacs poubelles à New
York a choqué les États-Unis. Plusieurs dans le même cas ont manifesté dans la ville mais aussi à Oakland en Californie pour demander plus de protections. RFI a pu joindre un infirmier qui depuis trois semaines soigne les cas les plus graves de Covid-19.
Le 16 mars dernier, la région de San Francisco a été la première aux États-Unis à décréter le confinement de sa population. Deux jours plus tard, dans son hôpital, Pedro, infirmier d’une quarantaine d’année a vite compris que la mesure n’était pas exagérée quand l’une de ses collègues, âgée d’à peine 51 ans, est morte du coronavirus. « Au début, ça paraissait un peu irréel mais tout a changé quand quelqu’un de l’hôpital est mort, témoigne-t-il. Tout l’hôpital était affecté parce que nous la connaissions tous. Et à moment-là, c’est devenu bien réel. Nous avons compris les risques que nous prenions et c’est devenu un peu effrayant. »
« Je n'ai pas touché ma famille depuis trois semaines »
Pedro en est persuadé : tôt ou tard, lui aussi va contracter le virus. Tous les jours dans son hôpital californien, il soigne les cas les plus graves. Cet infirmier travaille dans une unité de réanimation dédiée au Covid-19. Un travail avec la peur d’être infecté mais surtout d’infecter sa famille, car à la maison, Pedro vit avec sa femme enceinte et sa mère de 85 ans. Alors quand il rentre le soir, pour les protéger, l’infirmier s’impose une distanciation sociale rigoureuse avec ses proches. « Je n’ai pas touché ma famille depuis trois semaines, explique-t-il. Je vis confiné seul dans une chambre à part. Quand je rentre du boulot, j’ai mes affaires dans le garage, je lave tout de suite mes vêtements, je vais prendre une douche, et dans la maison je porte un masque en permanence. Sur le plan émotionnel, c’est difficile parce qu’on a tous besoin de contact physique et c’est dur de voir sa famille mais de ne pas pouvoir les toucher. »
Nous sommes dans la même situation que la plupart des pays européens qui luttent contre cette épidémie : nous n'avons pas assez d' unités de soins intensifs, de lits, de respirateurs, ni de matériel de protection.
Sherry Glied, doyenne de la faculté de santé publique à l'Université Robert Wagner, qui dépend de l’Université de New York
Tests défectueux
Et Pedro se prépare maintenant à ne pas pouvoir assister à l’accouchement de sa femme en juillet, car selon lui, cette situation risque de durer. Dans son unité de réanimation du Covid-19, il est aussi en première ligne pour constater les failles du système santé américain, à commencer par des tests de dépistage souvent défectueux. « Nous avons découvert que les tests donnent de faux résultats négatifs dans 30% à 40% des cas, explique le soignant. Nous avons des patients dont nous sommes sûr qu’ils sont positifs mais qui ont un résultat négatif, du coup on les teste une seconde fois parce qu’on est sûrs qu’ils l’ont, et la deuxième fois ils sont positifs. Ce test est vraiment très mauvais. Dans un contexte différent, il n’aurait jamais été approuvé. »

Un système de santé défaillant
Et face au coronavirus, c’est aussi le système de santé américain avec près 30 millions de personne sans couverture médicale qui montre ses limites, selon Pedro. « Le système de santé aux États-Unis est mauvais, surtout pour ceux qui en ont le plus besoin, comme les chômeurs, les travailleurs pauvres, estime-t-il. Eux n’ont pas d’assurance santé et s’ils en ont une, c’est une très mauvaise assurance santé qui ne leur permet pas de tomber malade parce que les coûts sont trop élevés. Donc, tant que vous êtes en bonne santé, tout va bien ! Mais si vous tombez malade, vous n’avez pas les moyens de vous soigner. Et j’aimerais qu’avec le coronavirus, ce système change. Mais est-ce que ce sera le cas ? J’en doute. »
Seule source de réconfort actuellement pour Pedro, le soutien de la population pour le corps médical. Pour saluer leur travail héroïque, un soir sur deux la mairie de San Francisco s’illumine désormais en bleu.
Par RFI