Fonctionnaires : après mars et avril, la CGT dépose un nouveau préavis de grève en mai

La fédération rappelle également son opposition véhémente aux ordonnances prises durant la crise.
Le syndicat s'inquiète notamment des conditions dans lesquelles s'organise le déconfinement.
Son préavis court sur l'ensemble du mois.
Et de trois. Après un premier préavis déposé pour le mois de mars contre la réforme des retraites et un second, pour avril, contre la loi d'urgence sanitaire et «ses mesures anti-sociales», la fédération CGT des services publics a déposé un troisième préavis de grève pour l'ensemble du mois de mai. Très large, celui-ci couvre «l'ensemble des agents de la Fonction publique territoriale et les salariés relevant de la partie privée de notre champ fédéral (entreprises de l'eau et de l'assainissement, thanatologie, secteur privé du logement social)», soit, peu ou prou, 85.000 agents.
Dans un courrier adressé à trois ministres - Gérald Darmanin, Muriel Pénicaud et Olivier Dussopt -, l'organisation se justifie en expliquant que son préavis s'imposait, «au regard des graves carences en matière de mesures sécurisantes» pour les agents en première ligne. Elle s'inquiète d'abord des conditions dans lesquelles se présente le déconfinement. La date du 11 mai a été annoncée alors que «les masques manquent toujours, que les mesures barrières seraient difficilement applicables et qu'aucune mesure de dépistage cohérente n'a été prise pour avoir une politique préventive vis-à-vis de la propagation du virus», s'insurge le syndicat.
La fédération rappelle également son opposition véhémente aux ordonnances prises durant la crise, et plus particulièrement à celle «portant mesures d'urgence en matière de congés et de durée du travail» : «alors que la période que nous vivons actuellement est source de fatigue, de tensions, de stress, d'angoisse pour des millions de salariés, le gouvernement ne trouve rien de mieux à faire que de s'attaquer à nos congés», déplore-t-elle, condamnant un «vol pur et simple» de la part des autorités.

Objectif : faire pression sur l'exécutif

La CGT s'emporte contre des décisions qui s'apparentent, selon elle, à des «injonctions à satisfaire le Medef» et «cassent [les] droits» du personnel de la fonction publique. Son préavis de grève doit permettre «d'obtenir des réponses», afin que la reprise prévue le 11 mai prochain s'effectue «dans des conditions de sécurité sanitaire satisfaisantes» pour les salariés. Elle réclame notamment un arrêt immédiat des «services non essentiels à la continuité de la nation», des «moyens de protection» pour les agents mobilisés, ainsi qu'un «dépistage systématique et massif des personnels avant toute reprise d'activité».
«On veut s'assurer qu'il y aura toutes les mesures nécessaires pour tous les salariés amenés à reprendre le travail en présence physique, dont des masques, le respect de la distanciation sociale et des tests massifs, pas seulement pour les personnes présentant des symptômes», explique au Figaro la secrétaire générale de la Fédération CGT des Services publics, Natacha Pommet. Son préavis, qui n'est pas un appel à la grève, vise avant tout à «mettre la pression sur le gouvernement», ainsi qu'à rappeler que les organisations syndicales «sont là pour protéger les salariés», qui pourront exercer leur droit de grève s'ils l'estiment nécessaire.
Pour la représentante, le syndicat porte ici des «questions que se posent énormément de salariés et d'élus locaux». Son organisation regrette le manque d'informations pour protéger les agents, et réclame aussi un «recensement des fonctionnaires contaminés, malades ou décédés». La volonté du gouvernement de reprendre le travail rapidement montre bien «le peu d'intérêt du gouvernement pour les agents de la fonction publique», déplore-t-elle.
Derrière la volonté affichée «d'union nationale» durant la crise, les relations entre l'exécutif et les partenaires sociaux se sont progressivement tendues. Pour le premier mai, l'intersyndicale CGT-FSU-Solidaires, soutenue par les organisations de jeunesse UNL-FIDL-MNL-UNEF a appelé à manifester «en envahissant les réseaux sociaux» de pancartes et banderoles, afin de donner à cette journée emblématique une «véritable force collective» : «nous ne paierons pas la crise générée par des choix politiques d'un système capitaliste mortifère», préviennent les organisations.